Entrevue avec Louis-André Richard

La société doit savoir tenir compte de sa culture religieuse, soutient un philosophe

Le philosophe Louis-André Richard met en garde contre les dangers qui guetteraient une société qui ne parviendrait pas à tenir compte de sa culture religieuse.
Le philosophe Louis-André Richard met en garde contre les dangers qui guetteraient une société qui ne parviendrait pas à tenir compte de sa culture religieuse.   (Courtoisie)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-01-10 15:33 || Québec Québec

Le philosophe Louis-André Richard n’est pas catastrophé de la future disparition du cours Éthique et culture religieuse (ECR) au Québec. En revanche, il met en garde contre les dangers qui guetteraient une société qui ne parviendrait pas à tenir compte de sa culture religieuse.

Professeur de philosophie au cégep de Sainte-Foy, Louis-André Richard a fait partie des experts consultés lors de la mise en place du cours obligatoire il y a plus de 10 ans. Il s’intéresse depuis de nombreuses années à la transmission du savoir et à la culture générale. Une nouvelle édition de son ouvrage De l’éducation libérale. Essai de la transmission de la culture générale (PUL, 2020), dans lequel on trouve notamment des textes de Thomas De Koninck, Joseph Facal et de Mathieu Bock-Côté, paraîtra dans quelques jours.

«On peut déplorer que l’abolition du cours est perçu comme un retranchement dans l’éducation pour les jeunes Québécois. Mais à mon avis ça ne change pas grand-chose», croit-il. «C’était plus un cours d’éducation citoyenne, à saveur multiculturaliste. Le volet religieux dans une entreprise comme celle-là était très louable, mais assez inefficace dans la réalité de ce qu’on veut transmettre.»

Déjà à l’époque, le philosophe avait souligné à quel point l’enseignement d’un contenu religieux à saveur culturelle requiert du corps enseignant de bien connaître les sources des grandes religions, à commencer par les écrits saints, ce qui s’avère pratiquement «impossible» à acquérir dans les formations actuelles. Résultat: on se retrouve avec un programme «édulcoré» qui promeut une vague «ouverture à l’autre tout azimut».

«Mais on est loin des enjeux de transmission religieuse qui, au Québec, n’ont pas à mettre les religions sur un même niveau. Car en fait, la société démocratique dans laquelle nous vivons est un sous-produit du judéo-christianisme», fait-il valoir.

Selon lui, la transmission de la foi et de la culture religieuse doit d’abord se faire au sein des familles. À l’école, il vaudrait mieux miser sur de solides cours d’histoire «bien structurés» qui «remettent les choses dans leur contexte». Et qui permettraient notamment de voir quels sont les grands apports du christianisme à notre culture.

«Abolir le cours ECR? Oui peut-être. Mais le remplacer par un autre cours qui prône un multiculturalisme édulcoré? Tout ce qui transmet ce genre de culture, ça passe d’abord et avant tout par la famille. L’école, on lui donne un mandat trop large pour ses épaules, et c’est pour ça que ça tourne à l’idéologie à mon avis.»

Bien connaître les sources de sa culture

Le programme ECR et celui qui le remplacera sont guettés par le danger de la superficialité, celle de l’idée flatteuse que tous doivent être ouverts à tous, soutient-il. Un tel «panorama vertueux en surface» nécessite d’être alimenté et accompagné d’une bonne compréhension des facteurs, des valeurs et des vertus «qui sont propres à la culture dans laquelle nous grandissons», insiste celui qui a dirigé l’ouvrage La nation sans la religion? Le défi des ancrages au Québec (PUL, 2009).

«Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme religieux d’aucune façon, mais de retrouver les outils perdus de la transmission de notre mémoire collective, pour organiser notre vie politique en ne méprisant pas ce qui l’a vue naitre», dit-il. «Nous sommes devant le risque de vouloir fonder une vie politique à partir de rien, prétendre que nous entrons dans une ère nouvelle. Il y a un danger réel là-dedans. Il est périlleux, dangereux et dramatique de s’extirper des références à l’histoire qui nous précède. J’aime l’image de Blaise Pascal d’un fruit qui pousse sur l’arbre dont les racines remontent jusqu’aux Grecs. Soit on voit notre rapport au passé comme un arbre, soit comme une nouvelle pousse, avec la fragilité que ça suggère.»

Au fil des années, plusieurs ont critiqué un cours qui ne servirait «à rien». Bien qu’il ait ses réserves sur la manière dont le contenu du programme ECR était présenté, le philosophe appelle également à ne pas «jeter le bébé avec l’eau du bain» et à poursuivre les efforts d’articulation de la culture avec sa donne religieuse grâce à la philosophie.

«Ça ne sert à rien? Je suis d’accord. Mais ça change tout!», lance-t-il. «La philosophie donne à la personne les outils, la profondeur d’esprit et la capacité de développer un véritable esprit critique qui se répercute dans tout le reste.»

«Nous sommes animés par le désir d’être aimés, de nous positionner par rapport à quelque chose de plus grand que nous, et nous sommes confrontés à notre mortalité. L’amour, le divin et la mort: voilà les trois idées sources qui accompagnent l’humanité depuis les débuts. Qu’il s’agisse aujourd’hui d’aide à mourir, d’identité sexuelle ou d’accommodement raisonnable, on n’échappe pas à ces sources! Et nous n’y échapperons jamais.»

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