Première exposition depuis le changement de nom du musée

Lumière sur les francs-maçons au Musée des cultures du monde

Le grand maître de la Grande Loge du Québec, Marc C. David, a coupé le ruban lors du vernissage tenu le mercredi 19 juin, aux côtés du hockeyeur professionnel George Laraque, porte-parole de l’exposition et aussi franc-maçon.
Le grand maître de la Grande Loge du Québec, Marc C. David, a coupé le ruban lors du vernissage tenu le mercredi 19 juin, aux côtés du hockeyeur professionnel George Laraque, porte-parole de l’exposition et aussi franc-maçon.   (Courtoisie)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-06-27 07:07 || Québec Québec

Dans les romans d'Hervé Gagnon qui racontent les troublantes enquêtes du journaliste Joseph Laflamme – sa 6e enquête, Adolphus, vient de se mériter le Prix Arthur-Ellis du meilleur roman policier de langue française remis par l'association Crime Writers of Canada – il est question de sociétés secrètes et de franc-maçonnerie.

L'écrivain, qui est aussi muséologue et historien, est l’ami et l’ex-professeur de Jean-François Royal, jusqu'à récemment directeur du Musée des religions du monde. Ce dernier a déjà invité Hervé Gagnon à prononcer une conférence sur la franc-maçonnerie au musée de Nicolet.

«Il y a de quoi faire une exposition avec cela», lui aurait alors lancé Jean-François Royal, devenu depuis directeur général du Musée Marguerite-Bourgeoys de Montréal.

Telle est la genèse de l'exposition «Lumière sur les francs-maçons» que présente jusqu'au 1er novembre 2020 le Musée des religions du monde, rebaptisé depuis quelques jours Musée des cultures du monde.

«C'est une exposition qui dédramatise la franc-maçonnerie, qui la démystifie. Je me suis donné comme objectif de sarcler toutes les faussetés et les bêtises et de raconter ce que c'est véritablement la maçonnerie. Parce que, bien sûr, tout le monde connaît la maçonnerie, mais personne ne sait ce que c'est», explique Hervé Gagnon, le commissaire de cette exposition.

L'exposition montre une centaine d'objets maçonniques «La majorité a été empruntée à la Grande Loge du Québec, qui s'est montrée ouverte, disponible, ravie même qu'un musée s'intéresse à ce sujet», ajoute le commissaire. Les maçons «ont tout prêté, sans poser de questions, sans même demander à voir le contenu des textes».  

Et c'est le grand maître de la Grande Loge du Québec, Marc C. David, qui a coupé le ruban lors du vernissage tenu le mercredi 19 juin, aux côtés du hockeyeur professionnel George Laraque, porte-parole de l’exposition et aussi franc-maçon.

«Les visiteurs vont avoir accès à des objets qu'ils n'ont jamais vus. Et qu'ils risquent de ne plus jamais revoir, pour longtemps», confie Hervé Gagnon.

Construction des cathédrales

L'historien rappelle que la maçonnerie «existe au bas mot depuis le XVe siècle, et probablement avant, lors de la construction des cathédrales gothiques».

«Les francs-maçons d'aujourd'hui sont les descendants de ces tailleurs de pierre, liés aux corporations de métiers de l'époque. C'est essentiellement du compagnonnage», dit-il.

«La corporation des tailleurs de pierre avait ses secrets qu'elle conservait jalousement. Elle contrôlait ainsi son membership de peur de perdre ses revenus. Lorsque le maçon se présentait sur un chantier afin d'obtenir du travail, il devait donner le mot de passe et la poignée de main du degré atteint, qu'il soit apprenti ou compagnon. On les appelait les maçons francs car ils avaient le privilège royal de traverser les frontières et d'aller travailler d'un chantier à l'autre.»

Aujourd'hui, on ne construit plus des cathédrales. «La franc-maçonnerie a toutefois conservé, non pas les secrets de la taille des pierres, mais l'aspect philosophique du travail, son caractère sacré», explique encore l'historien.

«Lorsque les chantiers de construction de cathédrales se sont raréfiés, les loges maçonniques ont commencé à se vider. On a alors accepté des nobles et des bourgeois pour remplir les banquettes.»

Hervé Gagnon rappelle aussi que l'établissement de franc-maçonnerie au Québec est relativement récente. «Les premières traces sont datées de 1752.» Il y aurait toutefois eu des loges militaires françaises, croit-on, et on sait aujourd’hui que Montcalm et Wolfe étaient francs-maçons. «Ils se sont affrontés entre frères sur les plaines d'Abraham», fait-il remarquer. La Conquête a fait que «la maçonnerie qui s'est enracinée à partir de 1763, c'est la maçonnerie anglaise».

Anglophone et protestante, faut-il noter. «Les confessions protestantes ont toujours été proches et à l'aise avec la franc-maçonnerie», reconnaît le commissaire. «La plupart du temps, c'est vrai dans les loges des Cantons-de-l‘Est mais aussi dans bien des loges anglophones du Québec, le ministre protestant de l'église d'à-côté était aussi le chapelain de la loge.»

L'historien avance cette hypothèse pour expliquer la popularité de la maçonnerie chez les protestants de langue anglaise. «Les protestants sont habitués à se côtoyer entre confessions. Ils ont développé un fort aspect œcuménique», plus fort que chez les catholiques, en majorité de langue française. Pour les anglophones, «la franc-maçonnerie n'a donc rien de menaçant car elle accorde une valeur égale à toutes les religions et n'en pratique aucune. Les catholiques, de leur côté, sont régulièrement avertis en chaire par leur curé. Ils ne doivent pas se joindre aux francs-maçons.»

Pourtant, et c'est là une autre découverte que feront les visiteurs de l'exposition, «la franc-maçonnerie n'est pas religieuse du tout. Elle est toutefois spirituelle et elle est consciente du rôle de l'homme dans la création.»

Hervé Gagnon ajoute que la «franc-maçonnerie régulière exige de ses membres qu'ils croient en un être suprême», peu importe son nom.

Il y aurait aujourd'hui 3700 maçons au Québec, estime-t-il. «Au tournant des années 1960, il y avait 20 000 au Québec. Cela s'explique par le déclin de la communauté anglophone au Québec. Le recrutement est difficile chez les maçons anglophones alors que loges francophones ont un bon membership.»

L'exposition «Lumière sur les francs-maçons» est la toute première présentée par le Musée des cultures du monde, l'ex-Musée des religions du monde. Le musée de Nicolet présente aussi les expositions «Maudite boisson» et «Et en 1948, je suis arrivé au Canada - l'holocauste en 6 dates».

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