Réflexion de Michel Nolin

Repenser la vocation des célibataires laïques

Selon le professeur Michel Nolin, il est temps de considérer aussi le célibat laïque comme une vocation.
Selon le professeur Michel Nolin, il est temps de considérer aussi le célibat laïque comme une vocation.   (Pixabay)
2019-05-27 10:25 || Monde Monde

La manière dont sont traitées les personnes célibataires dans l’exhortation apostolique Christus vivit pose problème. Le pape François y insiste sur le fait que «la première vocation et la plus importante est la vocation baptismale», mais le célibat, assimilé à un état de vie non voulu, n’est jamais perçu comme un appel en soi. Pourquoi parler du célibat en termes négatifs plutôt que d’y voir un choix assumé, une véritable vocation?

L’image qui me vient en tête est celle d’une loterie. Une fois les numéros gagnants connus, déçu de ne pas gagner, je me dis que la prochaine fois sera la bonne. C’est un peu ce qui se produit lorsqu’on dit ou laisse sous-entendre aux personnes célibataires que leur choix du «célibat-laïque» n’est peut-être pas «un choix intentionnel». Les vrais gagnants à la «loterie vocationnelle» sont les personnes qui ont tiré les billets du mariage, de la vie consacrée ou du ministère ordonné. Alors, avec un large sourire, on dira au célibataire en Église: continue de chercher la bonne combinaison de numéros, et meilleure chance la prochaine fois! Les «célibataires-laïques» sont-elles des personnes perdantes ayant misé sur les mauvais numéros? Viendrait-il à l’idée de dire la même chose en parlant du mariage ou de la vie consacrée?

Si la «première  vocation et la plus importante est la vocation baptismale», pourquoi ne serait-il pas possible d’en rester là au niveau du choix vocationnel? Pourquoi ne pourrais-je pas être appelé à vivre pleinement ma vocation baptismale?

L’Évangile selon Jean parle de « vie en abondance » (Jean 10, 10). Le terme grec traduit par «en abondance» est «perissón», qui signifie «en excès, beaucoup, hors mesure, plus, en superflu, une quantité qui dépasse largement ce à quoi on s’attendrait». Jésus nous offre une vie supérieure à tout ce que nous pouvons imaginer. Alors si cela est bien le cas, les «célibataires-laïques» sont aussi appelés à cette vie en abondance. Lorsque j’étais sur les bancs de l’école, on nous a appris qu’en grammaire, «l’exception confirme la règle». Ne peut-on pas appliquer cela à la vocation? Et si les «célibataires-laïques» étaient l’exception à la règle?

Dans l'Église catholique, la majorité des situations de vie sont celle des personnes mariées. Il y a cependant un bon nombre de personnes qui sont concernées par le célibat: prêtres, religieux, religieuses ainsi que les célibataires, consacrés ou pas.  On peut définir le «célibat-laïque» comme étant la situation de vie des personnes vivant seules, non consacrées et jamais mariées. Aujourd’hui cette définition a tendance à changer et peut aussi inclure des personnes pour qui le projet d’une vie à deux a pris fin avec un échec, un divorce ou le décès du partenaire. Tous ces chemins de vie sont très différents mais ont en commun le célibat. Celui-ci est choisi et assumé pour certains, ou subi et source de souffrances pour d’autres.
 
Choisir ou subir… La vie en abondance n’est certainement pas à subir. Ce choix du «célibat-laïque» n’empêchera pas certaines personnes de notre entourage de porter divers jugements: «il ou elle n’est pas fait(e) pour vivre avec quelqu’un», «il ou elle ne pense qu’à son petit confort», «il ou elle n’a aucune maturité», «il ou elle est incapable de s’engager sérieusement», etc. Souvent, lorsque nous abordons des personnes célibataires, nous sommes pleins de préjugés et de méfiance. Et si l’exception à la règle rendait inconfortable? L’atypique nous renvoie à nos propres choix de vie. Et si le «célibat-laïque» était une façon radicale de vivre sa foi?

La personne «célibataire-laïque» et croyante que je suis a fait le choix de prendre au sérieux sa vocation baptismale de prêtre, prophète et roi et de tout miser sur cette vocation. Pour moi, l’amour de Dieu et de son Église a pris toute la place.

À mes yeux, le «célibat-laïque» c’est accepter de vivre sans filet comme un funambule qui, sur son fil tendu, traverse les lieux. C’est pour moi une façon atypique de vivre ma vocation baptismale. Il est vrai que j’ai reçu le baptême à la naissance, mais devenu adulte, je l’ai choisi et accueilli, le faisant mien complètement. Sur mon fil, j’apprends d'abord à m'accepter avec mes qualités et mes faiblesses humaines, avec mes manques et mes dons.

Sur ce fil, j’apprends à progresser d’un point à un autre de ma vie en compagnie des autres croyants avec qui je fais communauté. C’est grâce à eux que le fil demeure tendu et capable de supporter mon poids. Cependant, le risque de perdre l’équilibre demeure.

Sur ce fil il y a solitude et rencontres, joies et souffrances, déchirures et jour nouveau, force et faiblesse. Le «célibataire-funambule» trace à sa manière un chemin d'où jaillissent les continuités, les discontinuités, et parfois même, un chemin pointant vers un Royaume qui parfois ne tient qu’à un fil.

Le funambule, aux yeux de la communauté, est seul et pourtant il est entouré de tous. Quel paradoxe! Il est atypique et permet de mettre en lumière la vocation des autres. Le funambule est solidaire des autres qui, comme lui, selon leur chemin de vie, ont choisi… la vie en abondance.

Le parfait funambule qu’était Jean Vanier déclarait à la revue Famille chrétienne en 1998: «La découverte du célibat, non comme une attente indéterminée, mais comme un don de Dieu demande de longues années de maturation. Le célibat devient alors réponse à un véritable appel de Dieu.»

Et si on autorisait les jeunes à être des funambules? Les Églises ne pourraient-elles pas développer une pastorale du «célibat-laïque»?

Michel Nolin
Professeur à l’Institut de pastorale des Dominicains

*Du 17 au 21 juin, Michel Nolin donnera un cours ayant pour titre: «La jeunesse n’existe pas… Ce sont les jeunes»  (pape François).

***

Présence a besoin de l'appui financier de ses lecteurs pour poursuivre sa mission.
Cliquez sur l'image de notre campagne de financement pour savoir comment votre don fait une différence.


5 Commentaire(s)

MICHELLE-ANGE PICARD || 2019-06-27 14:28:48

Pour faire suite...C'est comme si notre monde... semblait vouloir tout caser...classer..organiser, cataloguer voire orienter la vie des êtres vivants... comme le choix de notre vie humaine...C'est comme si la «mode populaire» voulait également «dénaturer» l'être humain....Pourtant ce qui distincte l'être humain c'est bien ce cadeau d'accepter la vie à sa naissance, son unicité en toute intégralité...lui permettant de s'assumer en toute liberté..... Oui, la liberté consiste à accueillir la vie et de composer avec elle tout en la respectant... mais aussi ....avec le mystère de sa foi en Celui qui nous unit et nous maintient de sa Vie...Cette foi chrétienne traduit les «facettes» de l'Amour de Dieu en ce monde dans notre vie quotidienne...voire dans les événements pour les personnes qui y adhèrent...Regardons et écoutons ce que véhiculent souvent...les médias, réseaux sociaux, films...ce qui est diffusé...Les « manchettes ou bulletins » propagent souvent toutes sortes de nouvelles... morbides... les décisions légiférées à discuter...la dernière mode ....des récents mariages...des divorces à répétition......des nouvelles à sensations... soit ce qui fait acheter les journaux et autres....ce qui peut nous sembler «pas d'allure»....L'être humain a toujours le choix de discerner pour le mieux de ce qui lui aide à cheminer dans le vrai, le beau, la paix , l'équilibre et l'harmonie...N'est-il pas préférable de lire et de vivre de la «Bonne Nouvelle» s'accomplissant en ce monde dans chaque «aujourd'hui de Dieu» ... de suivre les voyages du Pape François traduisant son message d'amour, d'unité, de paix pour tous les peuples....et autres...Oui, Celui qui est «Voie, vérité et Vie» nous invite toujours à mieux vivre de Lui et à collaborer à son «Oeuvre» en toute liberté...pour le bonheur de tous (e). Enfin... vaut-il mieux être bien avec soi-même plutôt que de chercher à le devenir avec d'autres.... Chaque personne est en cheminement pour son bien-être voire son mieux-être....quel cadeau!|

Pierre Dufresne || 2019-06-03 08:01:41

Être célibataire est encore mal perçu dans notre société.J'ai déjà entendu des propos déplacés tels:" Quand est-ce que tu te maries?...Il serait temps que tu te décides voyons... à l'âge que tu est rendu...". C'est à croire que je marie pour faire comme les autres; pour bien paraître.Or s'engager dans un état de vie tel le mariage,est une décision strictement personnelle! Que je reste célibataire ou que je marie ne concerne que moi, pas des supposés amis. Depuis quelques décennies,j'ai vu se multiplier des agences de rencontres en vue de rencontrer l'élu(e) de son coeur. Comment se décrire en seulement quelques mots,l'humain est tellement complexe pour le décrire de façon superficielle. Comme si le fait de rester célibataire pouvait être considéré comme un handicap. Je peux dire pour ma part que je suis célibataire et entend bien le rester non pas parce que j'ai peur de prendre des risques.

Paul Cadrin || 2019-05-31 13:38:22

Le site web ci-dessous contient un excellent texte et une abondante bibliographie à propos du célibat pour le Royaume "ni laïque, ni religieux" http://www.saintjosephduweb.com/Le-charisme-du-celibat-pour-le-Royaume-dans-les-premiers-temps-de-l-Eglise_a740.html

Picard Michelle || 2019-05-29 08:33:35

Peut-on comprendre que vivre un célibat baptismal est aussi un choix... voire un discernement dans l'Esprit-Saint vécu de manière «incognito» voire non reconnue en Église car depuis toujours lors de notre baptême en Église...les « prêtre, prophète et roi» ont été associés aux prêtres, religieux (ses)...personnes mariées, consacrées....Peut-on aussi croire que ces laïques célibataires ont et continuent de remplir des tâches...des responsabilités....hors horaire...que justement les autres catégories de personnes laissent aux autres ou encore...ce que les bénévoles payés (e) laissent aux bénévoles non payés(e) pour la plus grande gloire de Dieu...Quant aux «qu'en dira-t-on»...ces personnes laïques célibataires savent aussi pour la plupart composer avec ce qui est...pour ma part...j'entends encore une réflexion «crue» de mon «saint père Clément»... que je continue d'aimer autrement et qui me motive......«Qui parle en arrière...parle à mon derrière». Oui, ces personnes célibataire laïques...j'en connais plusieurs heureuses épanouies et elles n'attendent pas après les autres pour composer leur bonheur en Dieu...et excellent également de donner leur vie pour rendre le monde meilleur...Pour terminer...on trouve toujours leur adresse pour les solliciter de leurs services monétaires comme de disponibilité. Dieu en soit loué et béni!

christian cloutier || 2019-05-28 15:23:48

Pourquoi subir ? J'aime mieux OFFRIRE mon célibat dans la souffrance de la solitude ou Dieu m'appel dans son intimité sacré, caché aux yeux des biens pensants, des grands intelligents ! On m'as dit sur touts les tons et expressions (Tu as un appel !) Ok ! mais si ces si claire pour vous dites moi OU ! Un jour un simple homme qui n'avait pas la prestance voulu mais qui Prêtre tout de même m' as dit Tu es appelé au Sacerdoce plus que nous tous mais il passe par ta croix, la douleur et l incompréhension de ton entourage… Et le jour ou tu retourneras vers ton Père tu auras été ordonné par ton sang tes larmes et ton silence demandé ! Depuis je ne cherche plus même si parfois j'ose la prétention de répondre… Décolores +X+X+X+ Christian Cloutier A.D.S.

 

du même auteur

«Cet été, soyons audacieux, abandonnons les chars, les bicycles, les 4x4, les Uber, les petites Corvettes, les gros Ram-Ram. Allons marcher et flâner, regarder et écouter, admirer…», exhorte Daniel Cadrin.
2019-06-25 16:32 || Québec Québec || 4 Commentaire(s)

Un été pour marcher et bâiller

«Or le péché n’est pas une question de désigner un coupable: nous en souffrons tous et nous devons tous le surpasser», écrit le théologien Martin Bellerose.
2019-04-17 10:46 || Monde Monde || 1 Commentaire(s)

Quand le péché provoque des migrations

En collaboration avec l'Institut de pastorale des Dominicains, Présence propose une chronique où l'actualité est revisitée à la lumière de la recherche universitaire en théologie et en études religieuses. Ce mois-ci, le professeur Bruno Demers commente les références du pape au diable.
2019-03-18 09:56 || Québec Québec || 5 Commentaire(s)

La figure du diable, ou la difficulté à définir le mal

articles récents

«Cet été, soyons audacieux, abandonnons les chars, les bicycles, les 4x4, les Uber, les petites Corvettes, les gros Ram-Ram. Allons marcher et flâner, regarder et écouter, admirer…», exhorte Daniel Cadrin.
2019-06-25 16:32 || Québec Québec || 4 Commentaire(s)

Un été pour marcher et bâiller

«Or le péché n’est pas une question de désigner un coupable: nous en souffrons tous et nous devons tous le surpasser», écrit le théologien Martin Bellerose.
2019-04-17 10:46 || Monde Monde || 1 Commentaire(s)

Quand le péché provoque des migrations

En collaboration avec l'Institut de pastorale des Dominicains, Présence propose une chronique où l'actualité est revisitée à la lumière de la recherche universitaire en théologie et en études religieuses. Ce mois-ci, le professeur Bruno Demers commente les références du pape au diable.
2019-03-18 09:56 || Québec Québec || 5 Commentaire(s)

La figure du diable, ou la difficulté à définir le mal