Le réalisateur du film 'Silence'

Martin Scorsese rencontre des congressistes catholiques à Québec

Le réalisateur Martin Scorsese a pris part à une séance de questions-réponses à l'Université Laval (Québec) le 21 juin dans le cadre des congrès de SIGNIS et de la Catholic Press Association.
Le réalisateur Martin Scorsese a pris part à une séance de questions-réponses à l'Université Laval (Québec) le 21 juin dans le cadre des congrès de SIGNIS et de la Catholic Press Association.   (CNS photo/Chaz Muth)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-06-21 17:27 || Québec Québec

«Pourquoi Dieu a-t-il choisi leurs épaules pour y poser un si lourd fardeau?» Cette réplique est tirée du film Silence de Martin Scorsese. Priscilla Poirier, la toute nouvelle directrice générale de la Fondation canadienne de la vidéo religieuse, la récite par cœur - en anglais - dans l'agora du pavillon Desjardins de l'Université Laval.

Cette question, elle aurait bien aimé la poser directement à Martin Scorsese. Mais elle n'a pas pu. Le grand réalisateur, scénariste et producteur vient tout juste de quitter Québec après avoir répondu durant une heure - pile - aux seules questions de Paul Elie, journaliste au New York Times, sur les racines de son art, sa vision de l'Église et ce qu'il a voulu montrer dans Silence.

Devant les participants au congrès de deux organismes catholiques de communications, Martin Scorsese a expliqué que son film sur des jésuites dans le Japon du XVIIe siècle est né au lendemain de La Dernière tentation du Christ. Cet opus sorti en 1988 avait été accueilli par de vives critiques venant de milieux religieux conservateurs et avait bien failli ne jamais voir le jour.

Après avoir vu La Dernière tentation du Christ, l'évêque anglican de New York, Mgr Paul Moore, lui a remis le livre Silence de l'écrivain japonais Shūsaku Endō, raconte le cinéaste. Quand il a terminé la lecture de ce roman, il savait qu'il voudrait le porter à l'écran. Un projet qu'il mit près de trente ans à concrétiser.

L'influence du prêtre de sa paroisse

Mais d'ou lui vient donc cet intérêt pour l'Église catholique ou encore la figure de Jésus? De sa jeunesse, répond le réalisateur qui fut servant de messe dans sa paroisse située dans un quartier difficile de New York, un quartier où chacun «cherche à tirer son épingle du jeu par tous les moyens possibles», y compris par la violence et la corruption.

Au milieu des rues bruyantes et dangereuses, il a découvert dans son église paroissiale silence et sécurité. Mais aussi un encouragement à prendre son destin en main grâce à ce jeune prêtre auquel il a rendu hommage ce mercredi 21 juin à l'Université Laval, à Québec. Le père Frank Principe - «on l'a enterré il y a quelques jours», confie Martin Scorsese -  recommandait aux jeunes de son âge de s'élever par la lecture de livres et le visionnement de films. «Vous n'avez pas à vivre la vie de vos parents, allez à l'université, étudiez», leur répétait-il.

Ce prêtre est si important dans sa vie que Martin Scorsese songea même à l'imiter. Il entra dans une école préparatoire au séminaire... qu'il quitta après trois mois. «Chez les catholiques, il faut, durant le carême, abandonner ce qu'on aime le plus. Mais je ne pouvais tout simplement pas laisser tomber le cinéma», dit-il, faisant rire les quelque 200 participants au congrès de SIGNIS et de la Catholic Press Association qui se déroule jusqu'à vendredi à Québec.

C'est justement dans l'art cinématographique qu'il entendait dorénavant d'exercer sa vocation. Son film Silence est un «film de croyant», reconnaît-il, «a believer's movie». C'est un film qui traite du sens de l’existence, du bien et du mal, des thèmes qui reviennent constamment dans ses productions. Silence, c'est aussi un film qui montre que la foi n'est authentique que lorsqu'elle se vit dans les «rues bruyantes» de ce New York du XXe siècle ou encore dans ces hostiles villages japonais du XVIIe siècle. Et non pas dans le silence et la sécurité des églises.

C'est peut-être bien là la réponse que Martin Scorsese aurait donnée à Priscilla Poirier si elle avait pu lui poser sa question.

 

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