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Après une rencontre de trois jours à Rome

Abus sexuels: démission en bloc des évêques du Chili

Mgr Juan Ignacio Gonzalez Errazuriz, évêque de San Bernardo, et Mgr Fernando Ramos Perez, évêque auxiliaire de Santiago, lors de la conférence de presse du 18 mai 2018 à Rome.
Mgr Juan Ignacio Gonzalez Errazuriz, évêque de San Bernardo, et Mgr Fernando Ramos Perez, évêque auxiliaire de Santiago, lors de la conférence de presse du 18 mai 2018 à Rome.   (CNS Photo/Paul Haring)
2018-05-18 14:31 || Monde Monde

Les évêques du Chili ont présenté en bloc leur démission au pape François après une réunion de trois jours au Vatican pour discuter du scandale des abus sexuels commis dans l'Église chilienne.

«Nous voulons annoncer que tous les évêques présents à Rome, par écrit, ont placé nos postes entre les mains du Saint-Père afin qu'il puisse décider librement de chacun d'entre nous», a déclaré le 18 mai Mgr Juan Ignacio Gonzalez Errazuriz, évêque de San Bernardo, dans une déclaration émise au nom des évêques du pays.

La décision a été prise le dernier jour de leur réunion du 15 au 17 mai avec le pape François.

L'évêque auxiliaire Fernando Ramos Perez de Santiago, secrétaire général de la conférence des évêques du Chili, a déclaré que le pape avait lu aux 34 évêques un document dans lequel il « exprimait ses conclusions et réflexions » sur le rapport de 2300 pages rédigé par Mgr Charles Scicluna, de Malte, et son assistant, le père Jordi Bertomeu, lors d'une visite au Chili pour enquêter sur le scandale.

« Le texte du pape a clairement montré une série d'actes absolument répréhensibles qui ont eu lieu dans l'Église chilienne par rapport à ces abus inacceptables de pouvoir, de conscience et d'abus sexuels qui ont diminué la vigueur prophétique qui la caractérisait », a dit Mgr Ramos.

Après avoir réfléchi à l'évaluation du pape, il a ajouté que les évêques avaient décidé de donner leur démission «pour être plus en harmonie avec la volonté du Saint-Père».

«De cette manière, nous pourrions faire un geste collégial en solidarité pour assumer la responsabilité – non sans douleur – des actes graves qui se sont produits et pour que le Saint-Père puisse, librement, nous mettre à sa disposition», a déclaré Mgr Ramos.

Problème avec le corps ecclésial

Peu de temps après l'annonce, Juan Carlos Cruz, l'un des trois représentants des victimes qui ont rencontré en privé le pape François en avril, a tweeté: «Tous les évêques chiliens ont démissionné, ce qui est sans précédent et qui changera les choses pour toujours.»

Les évêques resteront en poste à moins que le pape n'accepte leur démission.

Le document dans lequel le pape François a donné son évaluation de la situation de l'Église au Chili a été divulgué le 17 mai par la chaîne d'information chilienne Tele 13. L'Associated Press a rapporté que le Vatican a confirmé l'authenticité du document.

Le pape a écrit dans le document que «certains dirigeants d'église doivent être révoqués», mais que «cela ne suffit pas, nous devons aller plus loin, il serait irresponsable de notre part de ne pas chercher profondément les racines et les structures qui ont permis à ces événements concrets de se produire et de continuer».

Dans ce document, le pape a déclaré que «les situations douloureuses qui ont eu lieu sont des indications que quelque chose ne va pas avec le corps ecclésial».  La blessure de l'abus sexuel, a-t-il dit, «a été traitée jusqu'à récemment avec un remède qui, loin de guérir, semble avoir aggravé sa profondeur et sa douleur».

Rappelant aux évêques que «le disciple n'est pas plus grand que son maître», le pape François les a avertis d'une «psychologie de l'élite» qui ignore la souffrance des fidèles. Il a également dit qu'il était préoccupé par les rapports concernant «l'attitude avec laquelle certains […] ont réagi face aux événements présents et passés». Cette attitude, a déclaré le pape, était guidée par la conviction qu'au lieu de s'attaquer au problème de l'abus sexuel, les évêques pensaient que «le simple fait de renvoyer les gens règlerait le problème».

Le syndrome de Caïphe

Dans une note de bas de page, le pape a déclaré que le comportement des évêques pourrait être qualifié de «syndrome de Caïphe», en référence au grand prêtre qui a condamné Jésus en disant: «Mieux vaut qu’un seul homme meure pour le peuple que toute la nation périsse». Le fait de dissimuler des cas d'abus, a-t-il ajouté, s'apparentait au dicton latino-américain «Muerto el perro se acabo la rabia» («Le chien meurt, la rage cesse»).

Les notes de bas de page du document comprenaient plusieurs détails de l'enquête faite par Mgr Scicluna, qui est président d'une commission d'examen au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi. La commission traite les appels déposés par le clergé accusé d'abus ou d'autres crimes graves. Le pape a déclaré que le rapport confirmait que, dans certains cas, les évêques jugeaient les accusations d'abus «invraisemblables».  Mais le pape François a dit qu'il était «perplexe et honteux» après avoir reçu la confirmation que les responsables de l'Église exerçaient une pression indue sur «ceux qui mènent des poursuites pénales» et que les responsables de l'Église avaient détruit des documents compromettants.  Ces actions, a-t-il déclaré, «témoignent d'un manque absolu de respect de la procédure canonique et, plus encore, de pratiques répréhensibles qui doivent être évitées à l'avenir».

Après la publication du document, M. Cruz a salué l'évaluation du pape sur la crise des abus et sur le comportement des évêques envers les victimes d'abus sexuels. «C'est le pape que j'ai rencontré lors de mes conversations au Vatican», a déclaré M. Cruz à Emol, le 17 mai. «J'espère que tous [les évêques] démissionneront et que l'Église au Chili commencera à reconstruire avec de vrais bergers et non avec ces évêques corrompus qui commettent et dissimulent des crimes, comme le dit le document.»

Junno Arocho Esteves

 

 

 

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