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Avenir des paroisses

Cellules paroissiales: phénomène émergent difficile à chiffrer

L'abbé Jean-Philippe Auger, photographié ici devant le presbytère de Saint-Marc-des-Carrières, croit que l'avenir des paroisses passe par le développement de petits groupes soutenus par des disciples-missionnaires.
L'abbé Jean-Philippe Auger, photographié ici devant le presbytère de Saint-Marc-des-Carrières, croit que l'avenir des paroisses passe par le développement de petits groupes soutenus par des disciples-missionnaires.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Véronique Demers | Journaliste
Journaliste
2018-07-16 12:02 || Québec Québec

Où iront les fidèles, une fois que leur église sera vendue, voire détruite? De petits groupes maison – ou les cellules paroissiales, chez les catholiques – se préparent déjà à prendre le relais tandis que le modèle paroissial traditionnel, avec un territoire précis, est en train de se désagréger.

«On est face à un phénomène en émergence qui n’est pas organisé et facile à dénombrer», explique Sophie Tremblay, professeure à l’Institut de pastorale des Dominicains. «Dans 5 à 10 ans, le vent pourrait tourner assez vite pour une raison purement démographique. Les fidèles qui soutiennent les paroisses ne seront plus là. Quant aux jeunes croyants, ils n’entretiennent pas un rapport territorial à l’Église, mais développent plutôt un réseau. Le tournant missionnaire ne vise pas nécessairement le nombre, mais une appartenance libre et volontaire avec des gens impliqués.»

Disciples missionnaires

Le prêtre missionnaire Jean-Philippe Auger, vicaire à la paroisse de Saint-Marc-des-Carrières, dans l’archidiocèse de Québec, explique qu’avec ce phénomène on passe du christianisme de transmission à un christianisme de conversion.

«On passe de la vocation d’être disciple à la mission de faire des disciples. Évidemment, l’engagement est plus fort dans le christianisme de conversion», dit l’auteur de Tous disciples-missionnaires! (Novalis, 2017).

Le docteur en théologie croit qu’il y a une recrudescence des petits groupes, mais que les assemblées dominicales sont néanmoins appelées à continuer d’exister. «C’est un choix de se regrouper en dehors des rassemblements dominicaux. Les petits groupes et les assemblées, c’est complémentaire. C’est comme les deux ailes de l’Église pour qu’elle prenne de l’altitude», affirme-t-il.

L’abbé Auger rappelle que les petits groupes ont fait l’objet d’une étude menée par le théologien Christian A. Schwartz, dans les années 1990. Selon cette étude, cinq éléments doivent se retrouver dans une cellule maison pour qu’elle soit qualifiée de «petit groupe holistique»: la prière, la communion fraternelle, la formation, le service, ainsi que le témoignage/l’évangélisation.

Selon Jean-Philippe Auger, les communautés chrétiennes qui misent sur des petits groupes sont en santé. «C’est comme la cellule d’un corps humain. Une cellule grandit lorsqu’elle se subdivise et se multiplie. Pour conserver une communion fraternelle, transparente et des axes de communication de qualité, il est mieux de subdiviser le groupe au-delà de douze personnes», évalue-t-il.

La communion fraternelle est un élément important dans les petits groupes, souligne le principal intéressé, rappelant que beaucoup de gens vivent dans une solitude relative. «Lorsque les gens s’ouvrent à la spiritualité, ce n’est pas juste une relation avec soi-même ou Dieu, mais aussi avec les autres. C’est un lieu idéal pour une personne qui revient à la foi chrétienne. La cellule maison est de taille humaine. Les gens s’y sentent écoutés et reconnus pour ce qu’ils sont», note-t-il.

Retour aux sources

Les petits groupes dans les maisons ne datent pas d’hier et ont caractérisé les premiers siècles du christianisme. C’est à la fin du IVe siècle que l’empereur romain Théodose impose le christianisme comme religion.

«C’est imposé. On ne sait pas ce que les gens pouvaient réellement ressentir à l’intérieur. Le temple de Dieu, c’est la communauté où règne l’Esprit saint, là où deux ou trois sont réunis au nom de Jésus», explique Sophie Tremblay.   

Au XXe siècle, dans le sillage du concile Vatican II (1962-1965), des changements majeurs dans la manière de vivre différentes réalités dans l’Église bousculent les fidèles. On délaisse l’usage du latin au profit de la langue vernaculaire.

«Ce n’est plus mystérieux; on perd quelque chose. Plusieurs fidèles quittent; les églises se vident», souligne la professeure à l’Institut de pastorale des Dominicains.

Recrutement difficile

Selon l’abbé Auger, le Québec est aujourd’hui l’un des lieux dans le monde où les laïcs reçoivent le plus de responsabilités pastorales. Malgré ce privilège, le recrutement demeure difficile. «Ce genre de travail n’est pas forcément attrayant. C’est souvent le salaire d’appoint de la famille. Il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes», évalue-t-il.

Selon Sophie Tremblay, les autres dénominations chrétiennes bénéficient d’une plus grande autonomie locale que chez les catholiques, où la gouvernance est centralisée. «Il y a un système important de petits groupes à l’Église Nouvelle vie de Longueuil, par exemple, selon les affinités.»

Mais au-delà des dénominations, des rites et des structures, l’essentiel demeure concentré sur le partage d’une foi, voire à une forme de témoignage à finalité prosélyte. «La Bonne Nouvelle est appelée à être partagée chez tous les groupes de population. Il y a un grand champ missionnaire à défricher», conclut le prêtre Auger.

 

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