Entretien avec le nouveau président Gabriel Groulx

Deux autres départs à la Mutuelle d'assurance en Église

Gabriel Groulx, nouveau président du conseil d'administration de la Mutuelle d'assurance en Église.
Gabriel Groulx, nouveau président du conseil d'administration de la Mutuelle d'assurance en Église.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-08-27 16:53 || Québec Québec

Un mois après le président de son conseil d'administration, deux autres hauts dirigeants de la Mutuelle d'assurance en Église ont quitté durant l'été cette jeune entreprise coopérative née de la fusion, fin 2016, de l'Assurance mutuelle de l'inter-Ouest et de l'Assurance mutuelle des Fabriques de Montréal.

La vice-présidente du conseil d'administration, Chantale Foisy, a remis sa démission peu après que Robert Tassé, président du conseil d'administration depuis huit ans, ait démissionné. Le 1er août, c'était au tour de Sylvain Beaulieu, le directeur général de cet assureur de lieux de culte, de quitter la Mutuelle.

Invité à commenter ces départs et ces démissions, Gabriel Groulx, le nouveau président du conseil d'administration, indique qu'il «ne veut pas individualiser [ses] commentaires».

«J'ai toujours eu du respect pour les gens qui quittent», explique le président, un Fellow comptable professionnel agréé (FCPA), rencontré dans les bureaux de la firme Raymond Chabot Grant Thornton.

La démission de Robert Tassé

«Monsieur Tassé ne nous a pas fait part des raisons pour lesquelles il a démissionné. On l'a appris par une lettre. C'était son choix», dit-il. «Est-ce que cela nous a surpris? Moi, non. Pour les autres membres [du conseil d’administration], je ne le pense pas, mais il faudrait leur demander.»

En entrevue à l'agence de presse Présence, Robert Tassé, actuellement économe par intérim au diocèse de Saint-Jean-Longueuil,  a révélé qu'il n'était «plus en accord avec les décisions que prennent les administrateurs» de la Mutuelle d'assurance en Église.

Sa démission est survenue au lendemain de la signature d'une entente mettant fin à la poursuite que deux des administrateurs, liés à l'archidiocèse de Montréal, ont intenté afin «de condamner le président [Robert Tassé] et le directeur général [Sylvain R. Beaulieu] pour diffamation». La Mutuelle avait répliqué en demandant aux tribunaux que soient destitués ces deux administrateurs de son conseil d'administration en raison de conflits d'intérêts. L'abandon de cette seconde poursuite fait aussi partie de l'entente intervenue la veille du procès qui devait se tenir à la fin du mois de juin.

«Il n'y a pas de doute que monsieur Tassé avait ses raisons pour démissionner. Il a pris une orientation au niveau légal. La cause remontait à plusieurs mois. Lorsqu'il a appris qu'une entente hors cour est intervenue, il s'est certainement dit: "je ne peux plus m'y associer". Être à sa place, j'aurais probablement fait la même chose», dit le nouveau président Groulx.

«Pouvait-il s'associer à une nouvelle équipe de dirigeants qui ont pris une décision complètement contraire à son approche?», demande-t-il. Son successeur explique qu'ils ont tenu des rencontres du conseil d'administration après l'assemblée générale des membres d’avril 2018. «Il n'y a jamais eu de problèmes. Le climat était très correct, à 100 %, selon les règles de l'art. Mais lorsqu'on discutait de la cause [devant les tribunaux], monsieur Tassé devait se retirer. Est-ce la seule raison? Je ne sais pas. Lui seul pourra vous le dire.»

La démission de Chantale Foisy

Quelles raisons ont incité la vice-présidente Chantale Foisy à quitter en cours de mandat? «Elle était sans doute mal à l'aise», estime M. Groulx.

Madame Foisy était présidente du comité de déontologie. Ce comité avait questionné les liens trop étroits qu’entretenaient les administrateurs Alfonso Graceffa et Ferdinand Alfieri, élus en 2017, avec l'archevêché de Montréal.

«Elle ne nous a pas fait part des raisons de son départ», ajoute le nouveau président du conseil d'administration. Mais M. Groulx est formel: Chantale Foisy a approuvé le règlement hors cour intervenu au mois de juin. «Durant tout le processus pour en arriver à ce règlement , elle a fait partie de toutes nos réunions. Elle s'est peut-être considérée comme juge et partie. À l'époque, elle était d'accord pour qu'une démarche légale soit tentée et là, on décide que cela a assez duré, que c'est assez».

Il y a deux semaines, lorsque Présence a joint Chantal Foisy au numéro de téléphone qui apparaît sous son nom dans le site Web de sa paroisse de Lanaudière (diocèse de Joliette), elle a vivement raccroché avant que le journaliste ne puisse lui demander si elle était toujours membre du conseil d'administration de la Mutuelle d'assurance en Église et ce qu'elle pensait de la démission de son président. La vice-présidente Foisy avait été nommée en 2017 par le conseil d'administration, et non par l'assemblée générale annuelle, afin de compléter le mandat d'un autre administrateur. Ce mandat aurait dû se terminer en 2019.

Le départ de Sylvain Beaulieu

Dans le cas du directeur général, le président du conseil d'administration indique que «dans le moment, on lui a fait une offre» après qu'il ait quitté la Mutuelle. «Nos avocats nous ont invités à ne pas se prononcer tant que le règlement ne sera pas finalisé», dit-il. Mais il confirme que Sylvain Beaulieu a bien quitté l'assureur le 1er août. «L'Autorité des marchés financiers a aussitôt été informée», dit-il.

S'il regrette tous ces départs, Gabriel Groulx estime néanmoins que «c'était le temps d'en arriver à un règlement».

«On a enfoui une fortune en honoraires professionnels», déplore-t-il. Il explique que ce sont les quelque 650 membres de la Mutuelle qui pourraient faire les frais de cette saga judiciaire qui devait être entendue le lendemain de l'adoption du règlement hors cour.

«Comprenez-moi bien, la Mutuelle n'est pas en mauvaise posture. Mais on pense à nos membres, on pense à leurs ristournes. Dans ma paroisse (de Ville Saint-Laurent, archidiocèse de Montréal) par exemple, on doit verser 12 000 $ en primes d'assurances chaque année. On obtient une ristourne fort appréciable de 2 500 $. Que ferons-nous cette année? Je ne sais pas encore. Devrions-nous réduire les ristournes compte tenu des honoraires qui ont été payés, enfouis, dans cette cause? On n'a pas encore pris de décision», dit-il.

«L'équipe de l'époque avait certainement beaucoup de valeur. Celle d'aujourd'hui en a aussi, je crois», lance le nouveau président à la fin de l'entretien.

«Cinq personnes d'expérience siègent actuellement au conseil. Il manque deux personnes. Soyez assurés que lors de la prochaine assemblée annuelle, on va prouver aux membres, par des faits, qu'on a pris les bonnes décisions. Et on ne demeure pas assis. On prend au sérieux notre travail. On se relève les manches. On a du personnel et des cadres de qualité. On a confiance. J’ai confiance que la Mutuelle va poursuivre sur sa lancée.»

Le site Web de la Mutuelle d'assurance en Église indique toujours que Sylvain Beaulieu en est le directeur général, que le conseil d'administration 2017-2018 est composé de sept membres et que Robert Tassé en est le président.

 

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