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Nouveau-Brunswick

La Chasse à l'as: une paroisse amasse des millions $ grâce à une loterie

«Au total, on a amassé 12 millions $», lance Patrick McGraw, curé de la paroisse Saint-Pierre.
«Au total, on a amassé 12 millions $», lance Patrick McGraw, curé de la paroisse Saint-Pierre.   (Pixabay)
Véronique Demers | Journaliste
Journaliste
2018-02-20 11:48 || Canada Canada

Pendant près d’un an, la loterie la Chasse à l’as a tenu en haleine les habitants du Nouveau-Brunswick. Chaque jour, d’octobre 2016 à juin 2017, une centaine de bénévoles de la paroisse Saint-Pierre de Lamèque, dans le diocèse de Bathurst, ont vendu des billets, jusqu’à ce que l’as de cœur soit tiré et que 6 millions $ soient remis en prix.

Chaque semaine, le détenteur d’un billet gagnant était invité à piger dans un paquet de cartes, à la recherche de l’as de cœur qui garantissait le gros lot.

«Au total, on a amassé 12 millions $», lance Patrick McGraw, curé de la paroisse Saint-Pierre. «On a gardé la moitié pour la paroisse, moins les 800 000$ qu’on a versés pour acheter la loterie. On a investi les quelques 5 millions $ dans une cuisine collective et des organismes dédiés à la jeunesse, aux familles et aux malades. On en a profité aussi pour rénover nos églises et mettre des fonds dans l’enseignement de la catéchèse. Ce n’est pas comme au Québec; on ne reçoit pas de subventions ici.»

Les sommes recueillies pour la paroisse Saint-Pierre sont réparties dans les cinq communautés chrétiennes des îles, soit Lamèque, Miscou, Petite-Rivière-de-l'Île, Pigeon-Hill et Sainte-Marie-Saint-Raphaël.

«Les gens ne veulent pas perdre leur église, c’est important pour eux, et même ceux qui fréquentent moins l’endroit. J’ai vu des pêcheurs de homard dans la trentaine se mobiliser pour la cause. C’est sans compter la centaine de bénévoles, sans qui le projet n’aurait pu continuer», poursuit père McGraw. 

Avant l’arrivée en poste de l’évêque du diocèse de Bathurst en 2013, Mgr Daniel Jodoin, une violente tempête avait arraché les toits de trois églises. «C’est normal que les paroisses s’organisent pour faire des tirages, des tombolas. La Chasse à l’as est une exception en soi: après quelques mois, c’est devenu monstrueux! On n’avait pas le choix de continuer et finir. Avec les fonds amassés, on a pu en grande partie payer les rénovations du toit et du plancher de la cathédrale, l’église-mère», souligne Mgr Jodoin.

Une crise qui dévoile la pauvreté

Outre sa croissance et sa popularité dépassant toutes les attentes, la Chasse à l’as a dû être interrompue en raison de la crise du verglas qui a sévi en janvier 2017, au Nouveau-Brunswick. 

L’église de Lamèque s’est transformée en centre de crise. Et c’est en voyant les gens et en discutant avec eux que père McGraw s’est rendu compte aussi de la pauvreté qui sévissait dans certains foyers.

«C’est à partir de ce moment-là qu’on a eu l’idée de mettre sur pied une cuisine collective pour aider à long terme les gens. On a aussi remis 900 boîtes de denrées à des résidents qui avaient tout perdu. En Acadie, comme au Québec, la nourriture est très importante», affirme le curé de la paroisse Saint-Pierre.

Les fonds de la Chasse à l’as ont permis entre autres de transformer l’église de Lamèque: au sous-sol, une cuisine équipée de matériel professionnel pour y tenir une cuisine collective, de nouvelles génératrices, l’ajout d’un ascenseur pour les chaises roulantes et le renouvellement du système de chauffage, permettant de générer des économies. 

Porté par l’enthousiasme de cette aventure, père McGraw compte relancer la Chasse à l’as à la fin février. «Ça peut durer jusqu’à 52 semaines, tant et aussi longtemps que l’as de cœur n’est pas tiré. J’aimerais qu’on puisse amasser assez de fonds pour avoir des employés dans la cuisine et aider les familles en difficulté», mentionne-t-il.

Un modèle exportable?

Est-ce que cette loterie religieuse pourrait voir le jour au Québec, dans un contexte où plusieurs diocèses et paroisses se grattent la tête pour trouver des manières de financer leurs rénovations et leurs œuvres?

«On voit souvent des bingos en salle, des tirages moitié-moitié, mais pour ce genre de loterie, on n’a pas l’habitude de faire ça», indique Joyce Tremblay, responsable des communications à la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJQ).

«Les organismes à but non lucratif peuvent faire des tirages, sinon c’est Loto-Québec qui s’en occupe. La société d’État délivre des licences de tirage pour un événement spontané jusqu’à la fin de son déroulement. Il y a des critères spécifiques à respecter, dans le cadre de la Loi sur les loteries et les concours publicitaires, et amusements», rappelle-t-elle.

Questionné sur son intérêt à exporter ce type de tirage au Québec, l’archidiocèse de Québec s’est montré réticent. «Après discernement, nous ne souhaitons pas commenter la loterie la Chasse à l’As. Nous respectons son usage dans d’autres diocèses, mais ne l’envisageons pas au sein du nôtre», a répondu Jasmin Lemieux-Lefebvre, directeur des communications du diocèse.

L’archevêque de Moncton, Mgr Valéry Vienneau, avait pour sa part émis des réserves sur le phénomène l’an dernier. Celui qui était auparavant évêque de Bathurst avait confié à l’Acadie Nouvelle que l’Église avait plutôt toujours cherché à décourager les jeux de hasards.

 

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