Une exhortation critiquée

Le pape rétorque qu'Amoris laetitia est le résultat d'un discernement

Le pape François à Rome le 8 décembre 2016.
Le pape François à Rome le 8 décembre 2016.   (CNS photo/Paul Haring)
2016-12-12 16:54 || Vatican Vatican

Le pape François a rappelé que son exhortation apostolique Amoris laetitia (La joie de l’amour) est le fruit de deux ans d’écoute, de dialogue et de réflexion, menée en compagnie de catholiques du monde entier.

Ce texte, dit-il, aboutissement des deux synodes sur la famille tenus à Rome en 2014 et 2015, est donc un produit de la synodalité de l’Église.

«Vous êtes confrontés à deux possibilités: ou bien vous avez une Église pyramidale dans laquelle tous se conforment à ce que dit [le représentant de saint] Pierre, ou bien vous avez une Église dans laquelle Pierre demeure Pierre, mais où celui-ci accompagne son Église, la laisse croître, se met à son écoute. Et qui tâche également de tirer des leçons de cette expérience, tout en s’efforçant d’harmoniser [les pratiques] dans l’Église», affirme le pape dans une entrevue accordée à Tertio, un hebdomadaire catholique belge.

Un laboratoire de synodalité

Le pape affirme d’ailleurs avoir vécu une expérience d’une «grande richesse» à l’occasion des deux réunions du Synode des évêques sur la famille. Ce fut, dit-il, l’occasion pour l’Église de rompre avec l’habitude de fonctionner «de haut en bas». Les membres du synode, ajoute François, ont sollicité les avis des évêques, des diocèses et des organismes du monde entier.

Cette consultation a mis en lumière le caractère très pluriel de l’Église catholique. Ce fut l’occasion de révéler «l’unité dans la diversité» qui est à l’œuvre dans cette même Église, ajoute le pape. «C’est cela, la synodalité. Plutôt que descendre de notre piédestal pour aller vers les communautés de base, nous nous sommes d’emblée mis à l’écoute des Église locales afin de mieux discerner [ce qui s’y vit]», dit-il.

Aux yeux de l’évêque de Rome, Amoris laetitia a tenté de rendre compte des discussions synodales. Bien sûr, dit-il, «ce qui a été discuté là-bas devait ultimement être approuvé par la majorité des deux-tiers» des membres du synode. Les propositions liées à l’accompagnement pastoral des divorcés-remariés, admet-il, ont reçu un nombre important de votes défavorables. Cela dit, ils ont malgré tout été appuyés par la majorité des deux tiers, note François.

Les «bienfaits» de la sécularisation

Dans son entrevue avec l’hebdomadaire Tertio, le pape François aborde l’enjeu de la sécularisation. S’il admet que la séparation entre l’Église et l’État soit une bonne chose, il s’inquiète toutefois du sécularisme présentement à l’œuvre et qui tente de traiter la religion comme une «sous-culture» qu’il faudrait confiner dans la sphère privée, c’est-à-dire entre les murs d’une église ou d’un lieu de culte. Aux yeux du pape, une telle sécularisation s’attaque de plein fouet à la dignité de la personne humaine. L’être humain, dit-il, est naturellement porté à entrer en relation avec autrui, tout comme avec Dieu.

«Une culture ou un système politique qui ne respecte pas cette ouverture à la transcendance propre à la personne humaine tente dès lors de ‘sectionner’ et d’élaguer celle-ci», en l’empêchant de s’abreuver à la «meilleure source de la vie, c’est-à-dire l’ouverture», dit-il.

Le travail des journalistes

Le pape a également écorché le travail des journalistes, lesquels doivent être conscients de l’influence qu’ils exercent sur l’opinion publique. Aux yeux de François, la fonction première des médias est de favoriser le dialogue et l’échange de points de vue afin de permettre aux gens de réfléchir et même de s’instruire sur l’état du monde. Or, ajoute-t-il, «nous sommes tous des pécheurs» en ce bas monde et les médias n’y font pas exception. Ceux-ci peuvent dès lors se montrer «dangereux », notamment lorsqu’ils s’attaquent à la réputation des gens ou lorsqu’ils diffusent de la «désinformation».

«Je crois que les médias doivent être plus clairs, plus transparents et ne pas tomber, excusez l'expression, dans la coprophilie [l’amour des matières fécales], toujours prête à répandre les scandales des choses abominables, quelle qu'en soit la part de vérité», conclut-il.

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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