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Analyse

Les allégations de Vigano sur le pape sont-elles fondées?

Carlo Maria Viagno (gauche) salue le cardinal Theodore McCarrick lors d'un gala organisée par les Œuvres Pontificales Missionnaires à New York en 2012.
Carlo Maria Viagno (gauche) salue le cardinal Theodore McCarrick lors d'un gala organisée par les Œuvres Pontificales Missionnaires à New York en 2012.   (CNS photo/Michael Rogel, PMS)
2018-08-29 15:04 || Vatican Vatican

Les catholiques, laïcs comme clercs, sont confus après la publication d’une lettre de onze pages de Mgr Carlo Maria Vigano, ex-nonce apostoliques aux États-Unis, affirmant que le pape François avait fermé les yeux sur les inconduites sexuelles de l'archevêque Theodore McCarrick.

La réponse du pape François aux journalistes le 26 août, les incitant à lire attentivement le document, à enquêter et à prendre leurs propres décisions, n’a pas été d’une grande aide.

Reprenant les accusations répétées à propos d'un «courant homosexuel» de cardinaux et d'archevêques proches du pape François, le principal argument du document est que le pape François était au courant du comportement abusif du cardinal McCarrick dès juin 2013 et n'a rien fait.

En fait, Mgr Vigano a déclaré que le pape François, «dans le cas de McCarrick, non seulement ne s’opposait pas au mal, mais s’associait à faire le mal avec une personne qu’il savait être profondément corrompue. Il a suivi les conseils d’une personne qu’il savait bien être perverse, multipliant ainsi exponentiellement avec son autorité suprême le mal fait par McCarrick.»

Mgr Vigano écrit que le pape Benoît XVI avait imposé au cardinal McCarrick en 2009 ou 2010 des sanctions similaires à celles que lui imposait le pape François: le cardinal devait quitter le séminaire où il vivait, il lui était interdit de célébrer la messe en public, de participer à des réunions publiques, de donner des conférences, de voyager, et a l'obligation de se consacrer à une vie de prière et de pénitence.

Mais une telle sanction n'a jamais été annoncée publiquement.

Il se pourrait que le pape Benoît n’ait pas voulu attirer l'attention sur des comportements qui ne sont pas connus du public. Mais, comme l’a dit un avocat du Vatican au Catholic News Service (CNS) le 28 août, «au mieux, c’est une anomalie» de ne pas publier une sanction qui aurait des conséquences publiques, comme interdire au cardinal de célébrer publiquement la messe.

Pourtant, le cardinal McCarrick a continué à célébrer la messe aux États-Unis et à visiter le Vatican, faisant même partie de groupes avec le pape Benoît XVI et, plus tard, le pape François. Autre fait étrange : Mgr Vigano lui-même est apparu lors d’événements publics avec le cardinal McCarrick, notamment lors du dîner de gala des Œuvres Pontificales Missionnaires aux États-Unis, le 2 mai 2012, qui a récompensé le cardinal McCarrick.

Le père oblat Andrew Small, directeur des Œuvres Pontificales Missionnaires, a déclaré à CNS le 29 août que ni Mgr Vigano, ni personne de la nonciature, n’a tenté de les dissuader d’honorer le cardinal McCarrick.

Clairement, s'il y avait des sanctions, elles n'étaient pas appliquées. Mais la question demeure, y a-t-il eu des sanctions et le pape François les a-t-il connues avant l'été lorsque l'archidiocèse de New York a annoncé qu'une enquête avait trouvé des preuves crédibles montrant que le cardinal McCarrick avait abusé sexuellement d'un mineur?

Le cardinal Daniel DiNardo, de Galveston-Houston, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, ainsi que de nombreux évêques ont demandé une enquête approfondie sur la situation du cardinal McCarrick, y compris les allégations de Mgr Vigano.

«Les questions soulevées méritent des réponses concluantes et basées sur des preuves», a déclaré le cardinal DiNardo le 27 août. «Sans ces réponses, des hommes innocents pourraient être accusés de fausses accusations et les coupables reproduire les péchés du passé.»

Aux yeux de beaucoup, le fait que Mgr Vigano ait demandé aide et conseils de journalistes et blogueurs qui ont travaillé publiquement pour s'opposer et discréditer le pape François n'aide pas sa cause.

Aldo Maria Valli, auteur du blog Duc in Altum, a critiqué le pape François depuis la publication de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia" sur la famille. Valli a écrit le 27 août que l'archevêque Vigano l'avait appelé il y a plus d'un mois pour lui parler. Valli a invité l'archevêque à dîner chez lui.

«Il était inquiet de l'Église et craignait qu’il y ait des gens dans ses hautes sphères qui ne travaillaient pas pour apporter l'évangile de Jésus aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui, mais pour semer la confusion et céder à la logique du monde», a écrit Valli.

Alors qu'ils se dirigeaient vers la voiture de l'archevêque à la fin de la soirée, Valli a déclaré que Mgr Vigano lui avait dit: «Ne m'appelez pas, je vous contacterai.»

Un mois plus tard, l'archevêque a appelé à nouveau. Et lors d’un autre dîner à la maison de Valli, il a cité le cas de McCarrick, l’ancien cardinal jugé coupable de graves abus, et il a fait savoir que tout le monde – aux États-Unis et au Vatican – le savait depuis longtemps, des années. Et pourtant, ils [l’]ont couvert.»

Vigano a déclaré qu'il enverrait un document à Valli pour qu'il le lise et le publie ou non, à sa convenance. Valli a dit lui avoir demandé si c’était une exclusivité, et Vigano lui a dit: «Non, je le donnerai à d’autres blogueurs italien, anglais, américain et canadien. Il y aura des traductions en anglais et en espagnol.»

Ils se sont entretenus plus tard et ont convenu de la date et de l'heure de publication, a déclaré Valli. «Il a décidé le dimanche 26 août que le pape, de retour de Dublin, aurait l’occasion de répondre en répondant aux questions des journalistes dans l’avion.»

L’autre journaliste et critique papal italien, l’ancien journaliste Marco Tosatti, a déclaré à l’Associated Press qu’il avait aidé l’archevêque Vigano à éditer le document pour publication. La réunion du 22 août, a-t-il dit, est intervenue après un appel téléphonique similaire et une réunion comme celle de Mgr Vigano avec Valli.

Après la publication du rapport du grand jury en Pennsylvanie, Tosatti a déclaré à AP qu’il avait dit à Vigano: «Je pense que si vous voulez dire quelque chose, le moment est venu, car tout fout le camp aux États-Unis.»

Le National Catholic Register, qui appartient à EWTN, et la société canadienne LifeSiteNews, ont également reçu le texte à l’avance. L'écrivain basé à Rome pour LifeSiteNews a fait la traduction officielle en anglais du document de l'archevêque Vigano.

Le Register a indiqué le 25 août avoir «confirmé de manière indépendante que les allégations contre McCarrick étaient bien connues de Benoît XVI, et le pape émérite se souvient d'avoir demandé au cardinal Bertone d'imposer des mesures mais ne peut se rappeler leur nature exacte». Le cardinal Tarcisio Bertone était secrétaire d'État du Vatican.

Mais l'archevêque Georg Ganswein, secrétaire personnel du pape à la retraite, a déclaré au journal allemand Die Tagespost, le 28 août, que le pape Benoît XVI ne commentait pas le document de l'archevêque Vigano. Le Register a alors répondu qu'il n'avait jamais dit que le pape Benoît XVI avait lu le rapport de l'archevêque ou qu'il l'avait commenté, mais que le pape Benoît XVI se souvenait de vouloir imposer des sanctions.

Certaines choses sont claires: le document de Vigano a été préparé en consultation avec au moins un des blogueurs et des journalistes qui ont été les premiers à le publier; le document de l'archevêque use d’une rhétorique laissant poindre une intention plus grande que celle de mettre fin aux abus sexuels commis par des religieux; et la publication du document a été coordonnée et programmée pour avoir un impact maximal.

Ce qui n’est pas clair, c’est si des sanctions ont été imposées au cardinal McCarrick et, s’il y en avait, le pape François les connaissait-il. Et le 29 août, ni le pape François ni le service de presse du Vatican n’ont fourni de réponse.

Cindy Wooden, à Rome

 

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