Assemblée plénière annuelle des évêques catholiques

Les évêques agacés par le départ du DG de Développement et Paix

  • Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil et vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, le 26 septembre 2016 à Cornwall.
  • Le diacre Jean-Denis Lampron, président du conseil d'administration de l'ONG catholique Développement et Paix.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-09-27 14:22 || Canada Canada

La démission surprise, au mois de juin, de David Leduc, le directeur général de Développement et Paix nommé un an plus tôt avec la bénédiction des évêques canadiens, les a visiblement agacés. Ils l'ont fait savoir hier, dès le début de leur assemblée annuelle qui se déroule, jusqu’à vendredi, à Cornwall, en Ontario.

«Un souci plus immédiat et plus urgent pour nous cette semaine naît de cette nouvelle, qui nous est arrivée cet été, voulant que le nouveau directeur général embauché il y a un an ne travaille plus pour l'organisme», a lancé Mgr Douglas Crosby, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), à ses confrères évêques, dans son mot d'introduction.

Au moins de juin, à peine onze mois après son arrivée à la tête de Développement et Paix, le Montréalais David Leduc ne s'est pas présenté à la rencontre trimestrielle du conseil national de cet organisme fondé il y a 49 ans par les évêques canadiens. Le conseil national est la plus haute instance de l’organisme et compte 22 membres bénévoles. À la fin des délibérations, le directeur général a remis sa démission par voie électronique. Sa décision a surpris puisque David Leduc avait été engagé pour un mandat de cinq ans.

Mais, l'archevêque d'Halifax-Yarmouth, Mgr Antony Mancini, a laissé entendre lundi qu'il s'agissait plutôt d'un renvoi. Parmi les éléments qui soulèvent des questions, a-t-il dit, «il y a l'enjeu récent de l'embauche et du renvoi (firing) du directeur général dans une si courte période de temps».

Autonome depuis sa fondation en 1967, Développement et Paix a l'habitude de «nommer son directeur général en consultation avec la CECC». C'est ce qui explique que le départ du plus haut dirigeant de l'organisme ait été mentionné lundi.

L'actuel président de Développement et Paix, le diacre et homme d'affaires Jean-Denis Lampron, invité à l'assemblée plénière des évêques, a abordé ce sujet dès le début de son allocution consacrée au 50e anniversaire de l'organisme.

«Je suis conscient que plusieurs d'entre vous ont été étonnés et même déçus par cette nouvelle», a-t-il déclaré.

«Sachez que personne à l'intérieur de Développement et Paix n'a souhaité cette situation», a dit le président du conseil d'administration de l'organisme. «Nous sommes tous conscients des coûts directs et indirects que représentent une embauche et nous sommes très soucieux de l'usage des fonds qui nous sont confiés.»

«Tous auraient préféré que cela fonctionne du premier coup», a-t-il révélé. «Nous avons appris à connaître cette personne. Nous avons réalisé que les défis et le mandat que représente la gestion de l'organisme ne correspondaient pas aux habiletés dont le directeur général disposait à ce moment-là. Force est de constater que c'était trop gros pour lui», a laissé tomber M. Lampron, indiquant que M. Leduc n'avait pas complété sa période de probation.

À la fin de la journée, Mgr Lionel Gendron, vice-président de la CECC et évêque de Saint-Jean-Longueuil, a mentionné que les évêques ont regretté de ne pas avoir été informés de la situation. «Si nous avons eu une part bien limitée dans son engagement, nous n'avons eu aucune part dans le fait que le directeur général ait été écarté. Cela aurait été normal d’en discuter plutôt que de l'apprendre par les médias», a-t-il noté.

Mgr Antholy Mancini a apprécié les explications fournies par le président Jean-Denis Lampron. «Ce que j’ai entendu, c'est que les leaders de Développement et Paix souhaitent resserrer leurs liens avec les évêques.» Ce souhait est réciproque, affirme Mgr Mancini. «Les évêques désirent que leurs relations avec Développement et Paix s'améliorent. Je ne dévoile pas de grands secrets en disant que les dernières années n'ont pas été faciles», a-t-il ajouté. Le récent départ du directeur général «montre la nécessité d'une meilleure communication entre nos deux organisations. On doit travailler ensemble.»

Les évêques ont annoncé qu’ils allaient publier une lettre pastorale à l’occasion du 50e anniversaire de Développement et Paix. «Nous ferons aussi du jubilé de Développement et Paix un événement clé de notre assemblée plénière de l’an prochain», a annoncé Mgr Crosby, le président de la CECC.

La semaine dernière, Développement et Paix a annoncé qu’il recherchait un nouveau directeur général. L’offre d’emploi précise qu’un candidat à ce poste doit avoir une «bonne connaissance de l’Église catholique au Canada, être habité par ses valeurs et avoir une grande sensibilité théologique aux questions de justice et aux enseignements sociaux catholiques». Les personnes intéressées ont jusqu'au 14 octobre pour postuler.

Réaction de David Leduc

Au lendemain de la rencontre de son conseil national, Développement et Paix avait annoncé le 20 juin «avec regret» le départ de David Leduc. Dans un bref communiqué, l'organisme l'a remercié «pour son appui à la réalisation de la mission de l'organisme durant la dernière année» et lui a souhaité du «succès dans ses prochains défis professionnels».

«Comme je n'étais pas présent aux discussions d'hier, je préfère ne pas commenter», a déclaré l'ex-directeur général en apprenant que les raisons de son départ avaient été discutées hier.

«J'étais et je suis encore confortable avec la façon dont la nouvelle de mon départ avait été annoncée en juin. Je vais m'en tenir à cela».

«J'ai eu de bonnes relations avec les évêques tout au long de mon temps avec Développement et Paix. Bien sûr qu'il peut y avoir des différences d'opinion à l'interne mais ce sont des choses qui arrivent dans les milieux professionnels», a-t-il dit. «On a vécu [cette situation], de part et d'autre, amicalement et de manière professionnelle. Je préfère qu'on laisse cela ainsi.»

 

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