Après 5 ans de pontificat

Quoi de neuf, François?

Le pape François saluant la foule au Vatican le 22 novembre 2017. Le cardinal Jorge Bergoglio est devenu pape il y a cinq ans, le 13 mars 2013.
Le pape François saluant la foule au Vatican le 22 novembre 2017. Le cardinal Jorge Bergoglio est devenu pape il y a cinq ans, le 13 mars 2013.   (CNS Photo/Paul Haring)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2018-03-12 22:04 || Vatican Vatican

Le 13 mars 2013, le cardinal argentin Jorge Bergoglio devenait le pape François. Cinq ans plus tard, son pontificat ne cesse d’étonner, alors qu’il prend à bras-le-corps certaines des questions les plus criantes de notre époque, dont l’environnement, la crise des migrants et ces fameuses «périphéries» géographiques et spirituelles. Et s’il n’est pas bien différent de ses prédécesseurs sur le fond, force est d’admettre qu’il insuffle à la fonction un nouveau style.

«Il dit très peu de choses qui sont en soit nouvelles», convient Mgr Paul-André Durocher.

L’archevêque de Gatineau vient de collaborer au nouvel ouvrage de la journaliste américaine Cindy Wooden, en poste au Vatican pour Catholic News Service, qui s’intéresse au «lexique» du pape François.

«Il y a une très grande continuité de pensée avec les papes précédents. Ce qui est innovateur chez lui, c’est le style: être et incarner le message. Il permet ainsi à son enseignement de devenir plus manifeste, interpellant et dynamique. Il réussit à toucher les cœurs d’une façon nouvelle», poursuit l’archevêque canadien qui a pris part au Synode extraordinaire sur la famille à Rome à l’automne 2015.

«Il y a une très grande continuité de pensée avec les papes précédents. Ce qui est innovateur chez lui, c’est le style: être et incarner le message.»

À l’Université Laval, le recteur de la Faculté de théologie et de sciences religieuses, le professeur Gilles Routhier, suit attentivement les gestes et les paroles du pape argentin. Pour cet expert du concile Vatican II, François se situe avant tout dans la continuité.

«Vraiment, c’est le pape qui après Jean XXIII incarne le mieux la miséricorde et l’accueil des pécheurs dans l’Église», dit-il. «Le ton a beaucoup changé. Non seulement il a un discours plus concret, plus familier, mais un discours davantage pastoral. C’est toujours un pasteur qui parle, pas un théologien», note-t-il. «François n’est pas un juge qui parle. Jean-Paul II a lui aussi beaucoup parlé de miséricorde, par exemple, mais en raison de son discours qui semblait radical, les gens voyaient davantage le juge.»

Mgr Durocher croit à cet égard que le style du pape est particulièrement tangible lorsqu’il est question de justice sociale. François parle de la dignité des pauvres et des migrants. «Il ne fait pas qu’en parler. Il va les rencontrer. Pensons à son premier voyage à Lampedusa, où arrivent les migrants en Europe. Ce sont des gestes qui frappent l’imagination. C’est comme s’il y avait quelque chose de neuf, mais pourtant, sur le contenu, il n’y a pas de neuf, mais des gestes qui interpellent.»

Un «moment François»?

L’archevêque de Gatineau hésite lorsqu’on lui demande quel moment des cinq premières années du pape le frappe. «Ce n’est pas tellement moment, mais une insistance sur le fait que l’Église doit être en sortie, qu’elle n’existe pas pour elle-même, mais pour être, au cœur du monde, un signe authentique d’un Dieu miséricordieux.»

De son côté, la présidente de la Conférence religieuse canadienne, sœur Michelle Payette, se rappelle son plus récent voyage à Rome, l’automne dernier, alors qu’elle accompagnait une délégation représentant les religieuses et religieux du Canada.

«Quand il a vu la bouteille de sirop d’érable, il s’en est emparé et a lancé: "Ça, c’est délicieux", puis s’est mis à rire.»

«Après l’audience générale, nous l’avons salué personnellement. Ce fut un moment émouvant. Nous avions apporté des produits du Québec en guise de cadeau. Quand il a vu la bouteille de sirop d’érable, il s’en est emparé et a lancé: "Ça, c’est délicieux", puis s’est mis à rire. Puis il a demandé de prier pour lui. On a vu l’homme. Il avait salué des groupes d’handicapés un instant auparavant. C’était lui dans sa simplicité, mettant en pratique ses enseignements», confie la supérieure provinciale des Missionnaires de l’Immaculée-Conception (MIC).

Les MIC sont la plus ancienne communauté missionnaire féminine des Amériques. Elles sont présentes à Cuba, en Haïti, au Pérou, en Bolivie, à Hong Kong, au Japon, à Madagascar, au Malawi, en Zambie, aux Philippines et à Taïwan. Sœur Payette explique que les écrits du pape, et particulièrement l’exhortation apostolique La joie de l’Évangile et l’encyclique Laudato si’, sont étudiés par les missionnaires.

Des écrits clés

À cet égard, Mgr Durocher croit que l’encyclique Laudato si’ consacré à l’écologie est son écrit le plus novateur, puisqu’il y fait «avancer la pensée et l’enseignement de l’Église».

«Mais le plus important pour la vision ensemble, c’est La joie de l’Évangile. Son exhortation apostolique Amoris laetitia, même si elle fait beaucoup réagir, est l’application de La joie de l’Évangile à une réalité concrète, qui est celle de la famille», dit Mgr Durocher.

Gilles Routhier abonde dans le même sens. Pour lui, La joie de l’Évangile est «son texte programme». «Les exhortations apostoliques de Jean-Paul II parlent des pasteurs, des laïcs, des évêques: bref, des réalités ecclésiales. Alors que François, avec des thèmes comme l’environnement, la famille, ne s’intéresse pas simplement à la manière dont les roulettes tournent dans l’Église, mais comment l’Évangile peut percoler dans les réalités du monde.»

Réformer la curie?

Mais le pape ne délaisse pas les enjeux structurels de l’Église pour autant. Au début de son pontificat, il a entrepris une réforme et a depuis rencontré passablement de résistances.

«Il essaye de changer la mentalité de la curie romaine. Ce n’est pas d’abord une affaire de structure, mais de mentalité. Toute bureaucratie a des règles et des procédures pour atteindre un objectif. Parfois, ces règles finissent par devenir une fin en soi. C’est typique de toute bureaucratie et la curie peut être victime de cette maladie. Il essaye de ramener tous les employés de la curie à une prise de conscience plus radicale de la raison d’être de la curie. Sa vision est différente de celle de ses prédécesseurs. La curie a toujours été vue au service du pape – c’est sûr ! – mais lui, il dit que son ministère est au service du monde. Donc, comme son ministère est d’être au service du monde, la curie doit aussi être au service du monde! Ce n’est pas facile, c’est un projet à long terme», croit l’archevêque de Gatineau.

«Il s’intéresse aux réalités, aux faits et aux personnes plus qu’aux principes.»

Le professeur Routhier note que jusqu’à présent, François a opéré moins de changements dans les structures de la curie que le pape Paul VI. Il croit aussi que son projet consiste d’abord à changer les mentalités.

«Il cherche à ce qu’on en finisse avec le cléricalisme, il veut une Église plus proche des pauvres, au milieu des gens. Il change la façon de réfléchir. Ceux qui s’opposent sont habitués de dire: "Voici les principes et la réalité doit se confirmer aux principes". Mais lui, il part de la réalité. Et il ne vise pas la perfection d’un coup, mais observe la loi de la progressivité. Il s’intéresse aux réalités, aux faits et aux personnes plus qu’aux principes», note le recteur.

Abus sexuels et place des femmes

Mais François en fait-il assez – ou du moins fait-il mieux que ses prédécesseurs en matière de lutte aux abus sexuels et pour accorder une plus grande place aux femmes dans les structures ecclésiales?

«Je pense que quelque chose bouge», indique Gilles Routhier, qui note que le pape, qui a connu un récent voyage difficile au Chili en raison de la présence d’un évêque critiqué pour avoir été trop conciliant envers des cas d’abus, a tout de même envoyé un évêque éclaircir la situation «à partir du moment où il y a eu une véritable dénonciation».

Quant aux femmes, il convient que l’ouverture est «limitée» mais que ça «progresse», notamment dans des nominations à des postes clés au Vatican. Sans parler de la commission qu’il a chargée de se pencher sur le diaconat féminin.

Sœur Payette, elle, note que la réalité de l’Église varie beaucoup d’une région à l’autre, ce qui peut avoir une incidence sur le débat entourant les femmes. «Quand on va à Rome, c’est tout à fait différent. On voit certaines communautés avec costumes qui vont jusqu’à terre! Il faut nuancer avec les pays, avec l’Église universelle. Ce n’est pas partout comme le Canada! Mais il faut toujours inviter les évêques à parler davantage de la place de la femme», insiste-t-elle.

Mgr Paul-André Durocher croit qu’au Vatican, les changements et les enjeux plus délicats ne rencontrent pas tellement de la résistance mais de l’«inertie».

«Commencer à faire rouler la balle, ça prend énormément d’énergie. Le début est très exigeant. Il faut se donner le temps pour permettre à la balle de vraiment commencer à rouler. Par la suite, l’énergie requise est moins grande, car il y a un momentum.»

 

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