Le 12 février à Cuba

Rendez-vous «historique» entre le pape et le patriarche russe

Le patriarche Cyrille photographié lors du Noël orthodoxe le 7 janvier 2016 à Moscou.
Le patriarche Cyrille photographié lors du Noël orthodoxe le 7 janvier 2016 à Moscou.   (CNS photo/Sergei Chirikov, EPA)
2016-02-08 16:20 || Monde Monde

Le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou se rencontreront à Cuba le 12 février en marge de la visite officielle du pape au Mexique. Qualifiée d’«historique» par certains observateurs, cette rencontre marque peut-être le début d’un rapprochement entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe, après des décennies de tensions.

Lors d’un point de presse tenu au Vatican le 5 février, le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a rappelé aux journalistes que c’est la toute première fois qu’un pontife romain et un patriarche russe se rencontreront.

Le pape voyagera au Mexique à partir du 12 février. Le patriarche Cyrille sera quant à lui de passage à Cuba, pour une visite officielle. Les deux chefs religieux se rencontreront donc à l’aéroport international José-Marti de La Havane, où l’avion du pape fera escale. Au terme de leur rencontre, le pape François et le patriarche Cyrille apposeront leur signature à une déclaration commune.

Ce tête-à-tête sera «un moment charnière dans les relations entre ces deux Églises», peut-on lire dans la déclaration commune diffusée par les autorités catholiques et orthodoxes, en amont de cette rencontre.

Une rencontre savamment planifiée

Selon le père Lombardi, cette rencontre entre les deux hommes n’est nullement «improvisée». Ce tête-à-tête, ajoute-t-il, a été préparé de longue date: c’est en fait le résultat de plus deux ans de négociation et de planification extrêmement serrée. Le dégel des relations diplomatiques entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe ne suffit pas, ajoute le père Lombardi. Encore faut-il organiser une telle rencontre en terrain neutre, c’est-à-dire ni au Vatican, ni en Russie.

L’œcuménisme en marche

Le fait qu’il s’agisse de la toute première rencontre entre un pontife romain et un patriarche orthodoxe russe fait de cette rencontre «un événement de la plus haute importance dans l’histoire du dialogue œcuménique entre les diverses confessions chrétiennes», affirme le père Lombardi.

Cette rencontre doit être située dans un contexte plus large: celui du concile panorthodoxe qui aura lieu, en juin prochain, sur l’île de Crête, et qui réunira des délégués des Églises orthodoxes de diverses régions du globe. Chef spirituel des chrétiens orthodoxes, le patriarche œcuménique Bartholomée de Constantinople a «évidemment été informé» qu’une rencontre aurait lieu entre le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou. Selon le père Lombardi, le patriarche Bartholomée s’est empressé d’exprimer sa «joie» face à cette rencontre, qu’il qualifie d’ailleurs de «pas en avant».

La question ukrainienne

La chute de l’Union soviétique et l’effondrement des régimes communistes d’Europe de l’Est auraient pu faciliter un tel rapprochement entre Rome et Moscou. Or, après des décennies de répression, les Églises catholiques de rite byzantin ont profité de ce retour à la liberté pour afficher publiquement leur foi. Les autorités orthodoxes russes ont cependant interprété l’exubérance des catholiques orientaux comme une forme de «prosélytisme religieux», au sein de régions que l’Église orthodoxe jugeait être de son ressort exclusif.

Le Vatican soutient que l’Église catholique s’oppose au prosélytisme, c’est-à-dire aux efforts concertés destinés à convertir à la foi catholique les membres d’autres confessions chrétiennes.

L’Église orthodoxe russe soutient que des stratégies de conversion ont bel et bien été déployées par les catholiques de Russie et d’Ukraine. Or, selon le Vatican, les autorités orthodoxes n’ont jamais pu faire la preuve que les catholiques russes ou ukrainiens ont bel et bien effectué ce genre de prosélytisme.

En 2002, saint Jean-Paul II a favorisé la renaissance d’une hiérarchie catholique de rite latin en Russie, ce qui a mis fin abruptement au dialogue œcuménique entre l’Église orthodoxe russe et le Vatican. Au fil des ans, les tensions se sont estompées, l’Église orthodoxe russe s’est résolue à accepter la présence de minorités catholiques en Russie. L’Église orthodoxe russe reproche toutefois au Vatican d’avoir cautionné le prosélytisme religieux s’étant, selon elle, produit en Ukraine. Peu après que l’Ukraine ait déclaré son indépendance à l’égard de l’ex-URSS, diverses églises orthodoxes auraient fermé leurs portes en sol ukrainien.

Le Vatican admet que certains catholiques ukrainiens ont sans doute faite preuve de zèle après la chute du Rideau de fer. Cela dit les autorités vaticanes insistent pour distinguer entre le prosélytisme et la renaissance canonique et spirituelle de l’Église catholique ukrainienne.

Dans les années 1940, l’Église catholique a été dissoute et rendue hors-la-loi par les autorités communistes ukrainiennes. Ses biens fonciers et immobiliers ont également été confisqués par l’État soviétique. Plusieurs lieux de culte catholiques ont alors été confiés à l’Église orthodoxe russe. Les catholiques ukrainiens de rite byzantin ont alors été contraints de fréquenter les églises orthodoxes. Au lendemain de l’indépendance et de la chute du régime communiste, les catholiques ukrainiens se sont empressés de demander qu’on redonne un statut légal et canonique à l’Église catholique et qu’on lui restitue les biens ecclésiastiques confisqués par l’État communiste.

Ouverture d’une fenêtre de dialogue

Aux yeux du père Lombardi, le fait qu’une rencontre puisse désormais être possible entre le pape François et le patriarche Cyrille montre bien à quel point il y a eu «maturation du dialogue» entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe. «Plusieurs litiges qui étaient jusque-là jugés insurmontables sont sur le point d’être aplanis», ajoute-t-il.

«Chaque jalon nous menant vers le dialogue et la compréhension mutuelle nous permet de mieux nous rapprocher les uns des autres, de mieux nous comprendre et de faire un bout de chemin ensemble», dit-il.

Aux yeux du jésuite canado-ukrainien David Nazar, recteur de l’Institut pontifical oriental de Rome, il est hautement symbolique que ce tête-à-tête se produise en plein Jubilé de la miséricorde. Si cette rencontre a bel et bien lieu, ce sera, dit-il, «une très bonne nouvelle» mais aussi un «merveilleux pas dans la bonne direction et qui enclenchera un processus irréversible».

Il rappelle que les relations des catholiques ukrainiens avec l’Église orthodoxe russe ont toujours été complexes, notamment en raison des relations presque symbiotiques qui lient l’Église et l’État en Russie orthodoxe. Il rappelle aussi que le gouvernement russe a récemment annexé la Crimée et qu’il soutient la rébellion en cours dans l’est de l’Ukraine.

Le père Nazar préfère donc revoir à la baisse ses propres attentes. Il se dit donc «modérément optimiste» à l’égard de cette rencontre, tout en souhaitant qu’il s’agisse d’un «nouveau départ» pour les relations entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe.

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adapt. Présence/Frédéric Barriault

 

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