Un lundi soir à l'aéroport Montréal-Trudeau

«Cela fait sept ans que je n'ai pas vu ma sœur»

  • Alessandra Santopadre salue Rwaida Jabbour à son arrivée à Montréal. Les observent Antoine Kardouss et Mona Jabbour.
  • De gauche à droite: Un ami de la famille, Sima et Joseph Shamoun tout juste arrivés de Beyrouth, Houda Aro Coussa et Paul Coussa.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-02-12 16:18 || Québec Québec

Quand elle a franchi d'un pas rapide les portes de l'aéroport Montréal-Trudeau, Mona Jabbour cherchait une seule personne parmi tous ces gens qui se pressaient à l'arrivée des passagers des vols internationaux.

«Alessandra», a-t-elle crié avant de se jeter dans les bras de la responsable du programme de parrainage des refugies et des demandeurs d’asile de l'archidiocèse de Montréal.

«Je n'arrive pas à croire la nouvelle. C'est si touchant. C'est une si belle journée pour moi», lui lance-t-elle. «Tu ne vas pas pleurer, maintenant», la taquine, tout sourire, Alessandra Santopadre.

Mona Jabbour sait que depuis 18 h 36 ce 11 février 2019, sa sœur Rwaida et son mari sont finalement arrivés à Montréal après un long voyage et un long exil. Tôt ce matin-là, ils ont quitté Beyrouth, la capitale du Liban, après avoir reçu, il y a deux semaines, la nouvelle que le statut de résident permanent au Canada leur était accordé.

Ce lundi soir, Alessandra Santopadre, de l'archevêché de Montréal, était attendue à l'aéroport de Montréal afin d'accueillir Rwaida Jabbour et son mari ainsi que deux autres familles de réfugiés. C'est elle qui doit signer les papiers d'accueil des nouveaux arrivants auprès d'un responsable du ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

«Cela fait sept ans que je n'ai pas vu ma sœur»

Originaires de Syrie, les Jabbour ont quitté ce pays en guerre pour se réfugier au Liban. «Cela fait sept ans que je n'ai pas vu ma sœur», lance Mona Jabbour. «Depuis qu'on est ici, on travaille pour que ma sœur vienne au Canada. Avec Alessandra, on a mené la bataille pour arriver à ce soir», ajoute-t-elle.

«Nous étions dans une telle inquiétude. En Syrie, la guerre, c'était terrible. Et ce n'était pas facile non plus au Liban. Tous les jours, on se demandait quelles nouvelles démarches on devait faire.»

«Alessandra nous a toujours soutenus. C'est une super dame», lance-t-elle en direction de la responsable pour l'archevêché de Montréal de ce programme de parrainage privé de réfugiés.

Un peu après 21 h, un cri a retenti. «Elle est là», a lancé le mari de Mona Jabbour, Antoine Kardouss. Passant sous une barrière de sécurité, Mona a couru vers sa sœur Rwaida et l'a longuement embrassée.

Sima et Joseph

Houda Aro Coussa, qui a quitté Alep en Syrie il y a quinze ans, s'est aussi rendue à l'aéroport Montréal-Trudeau lundi soir. Ce sont les enfants de sa cousine germaine qu'elle y attendait.

Mais sa cousine ne les accompagnait pas. «Elle avait mon âge. On a grandi ensemble», dit Houda les yeux remplis d'eau. C'est que sa cousine est décédée à Alep, en Syrie, d'une maladie fulgurante, alors qu'au Canada on multipliait les démarches pour qu'elle obtienne le statut de résidente permanente tout comme ses deux enfants.

«Je suis tellement fière de moi. J'ai pu faire venir ici Sima et Joseph, ses enfants. J'attends leur arrivée depuis si longtemps», ajoute Houda Aro Coussa.

«Les deux ont été ébranlés par les événements en Syrie. Ils n'y ont pas d'avenir. Même que la jeune fille est toujours sous le choc. Elle parle moins. Par deux fois, elle a été touchée par des éclats d'obus», confie-t-elle.

À Alep, après les funérailles de leur mère, Sima et Joseph ont cherché à vendre leurs biens afin d'amasser une petite somme qui faciliterait leur insertion dans leur nouveau pays d'adoption. Ils n'ont pas réussi. Mais cela n'inquiète pas Houda Aro Coussa. «Ils sont braves, ils sont ambitieux. Ils ont déjà commencé à apprendre le français.»

400 dossiers

«Je suis deux ou trois fois par semaine à l’aéroport», dit Alessandra Santopadre. Dans une semaine, c’est une dame seule qu’elle accueillera. Le 21 février, elle devra même se rendre deux fois à Dorval. Le matin, ce sera pour signer des papiers officiels dès l’arrivée d’un homme en provenance du Congo. Le soir, deux familles syriennes seront accueillies.

«En deux ans,on a déposé 400 dossiers, soit 1000 personnes qui sont parrainées par le diocèse. Trois cents personnes sont arrivées depuis.

« J’ai donc encore 700 personnes à accueillir», lance Alessandra Santopadre qui explique que les demandes de parrainage prennent environ trois ans, rarement moins, pour arriver à l’acceptation.

«À ce rythme, j'en ai pour quelques années encore à me rendre à l'aéroport.»

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