Rencontre mondiale des familles

«Plus on est réaliste, plus on aide les couples» -Mgr Durocher

Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau, participe à la Rencontre mondiale des familles.
Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau, participe à la Rencontre mondiale des familles.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2015-09-24 23:31 || Monde Monde

L’engagement. Voilà le principal défi de la famille, estime l’archevêque de Gatineau. Présent à Philadelphie pour participer à la Rencontre mondiale des familles, Mgr Paul-André Durocher appelle à poser un regard réaliste sur la famille d'aujourd'hui.

Bien assis sur sa chaise, café à la main, celui qui était jusqu’à tout récemment président de la Conférence des évêques catholiques du Canada évoque un souvenir de l'époque où il donnait des cours d’enseignement religieux à des élèves du secondaire à Timmins, au début des années 1980.

Un jour, avant son ordination, une jeune fille de 15 ans lui demanda ce qu’il arrivera s’il s'éprend d'une femme.

- Je m’y attends. Et plus qu’une fois, répondit-il.
- Hein ? Mais qu’est-ce que tu vas faire ?
- Toi, penses-tu te marier un jour ?
- Oui.
- Une fois mariée, avec quelques enfants, penses-tu que ça pourrait arriver que tu rencontres au travail un homme que tu trouves intéressant, fin et gentil ?
- Oui…
- Ça pourrait arriver… que tu tombes en amour avec lui ?
- Oui.
- Que vas-tu faire ?, lui demanda-t-il à son tour.

Après un moment de silence, elle répondit :

- Il va falloir que je prenne une décision.
- Et moi aussi ma chère. Moi aussi.

Pour la première fois de sa vie, ajoute-t-il, cette fille entrait en contact avec l'idée d'un engagement pour la vie. Une anecdote qui rappelle que le réalisme des situations rencontrées dans la vie n'a pas à tronquer un idéal d'engagement.

Aux yeux de l’archevêque de Gatineau qui a longtemps accompagné des couples vers le mariage, cet engagement sous-entend nécessairement la durée. « Une durée sur laquelle je n’ai pas de prise, qui implique que je serai fidèle à l’engagement que je prends, quelles que soient les vicissitudes et les beautés que le temps apportera, et qu’au fil de ça, je pourrai demeurer fidèle », fait-il valoir.

Le hasard veut que ce soit justement la question de la fidélité qui fut au cœur de sa première rencontre avec le pape Jean-Paul II, lors d’une visite ad limina des évêques canadiens, alors qu’il était évêque auxiliaire à Sudbury. Le pape avait dit ce jour-là que « les jeunes ne croient plus à la fidélité », se remémore Mgr Durocher.

« J’ai alors dit : ‘Je ne suis pas d’accord, Saint-Père’. Ma première phrase adressée au pape fut de lui dire que je n’étais pas d’accord avec lui ! Il m’a demandé ce que je voulais dire. ».

Le jeune évêque qu’il était lui a alors fait remarquer que les couples qu’il accompagnait dans la préparation au mariage croyaient tous à la fidélité.

- Ils croient à la fidélité. Ils veulent être fidèles l’un à l’autre, ils veulent que ça réussisse, précisa Mgr Durocher.
- Pourquoi ne le sont-ils pas ?, demanda le pape.
- Les pressions de la vie, les changements qu’ils subissent, la société autour d’eux : c’est leur rêve qui s’effondre. Mais ils y croient en commençant.

« Le pape m’a alors regardé, poursuit Paul-André Durocher. Il a dit : ‘que peut-on faire pour les aider, alors ?’ »

L’archevêque de Gatineau dit qu’il est encore « habité » par cette question éminemment pastorale et qu'il la répète souvent dans sa tête. « Parce qu’on n’a pas de réponse », admet-il.

Être réaliste

Bien que l’Église catholique cherche à mettre l’accent sur la beauté de ce qu’elle propose comme expérience de mariage dans une perspective de foi, Mgr Durocher estime qu’il est fondamental d’aborder très franchement les difficultés qui surviennent dans le mariage.

« Plus on est réaliste, plus on aide les couples à s’outiller pour être capables de vraiment relever ce défi. Je pense qu’un événement comme la Rencontre mondiale des familles peut aider à devenir un peu plus réaliste. J’ose l’espérer », souhaite-t-il.

Puis, réfléchissant à l'impact réel d'un tel événement, il poursuit.

« Les gens ont besoin de se retrouver avec des gens qui leur ressemblent. La société n’est plus homogène. Il faut savoir conjuguer le respect des différences et le sens s’appartenance. J’ai l’impression que les gens qui viennent à un événement comme celui-ci repartent avec un sens d’appartenance et le désir de vivre cette appartenance au niveau local.

Il se dit convaincu que cela peut susciter le désir de « s’engager à nouveau » au nom de sa foi.

 

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