La Pakistanaise encourait l'exécution pour blasphème

Des organismes canadiens se réjouissent de l’acquittement d’Asia Bibi

L'époux d'Asia Bibi, Ashiq Masih, et leur fille Eisham Ashiq étaient en Angleterre le 5 octobre 2018. Alors qu'on attendait la décision de la Cour suprême, Eisham confiait alors que la famille serait en danger si elle restait au Pakistan.
L'époux d'Asia Bibi, Ashiq Masih, et leur fille Eisham Ashiq étaient en Angleterre le 5 octobre 2018. Alors qu'on attendait la décision de la Cour suprême, Eisham confiait alors que la famille serait en danger si elle restait au Pakistan.   (CNS photo/Simon Caldwell)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2018-10-31 15:12 || Monde Monde

Des organismes canadiens se réjouissent de l’acquittement d’Asia Bibi, cette chrétienne pakistanaise condamnée pour blasphème en 2010 et qui aurait pu devenir la première personne mise à mort en vertu de cette loi au Pakistan.

La directrice du bureau national de l’Aide à l’Église en Détresse au Canada (AED), Marie-Claude Lalonde, s’est dite «très, très heureuse» de sa libération.

«C’est un grand jour pour la justice, ça donne de l’espoir.»

Depuis huit ans, Mme Lalonde essayait de sensibiliser la population et les décideurs publics au sort de cette mère de cinq enfants qui avait été arrêtée pour blasphème après qu’une dispute avec des musulmans autour d’un verre d’eau eut dégénérée.

Asia Bibi était devenue au fil des années le symbole d’une loi pakistanaise qui fait régulièrement sourciller à l’international, notamment en raison de son instrumentalisation par des groupes extrémistes. Plus tôt en octobre, des manifestants associés à l’islamisme radical réclamaient son exécution par pendaison et menaçaient les juges de représailles s’ils invalidaient sa condamnation.

Mme Lalonde estime que la décision de la Cour suprême du Pakistan d’invalider la condamnation de la chrétienne le 31 octobre «donne de l'espoir aux minorités victimes de discrimination et persécution pour motifs religieux dans le monde».

Chez Amnistie internationale Canada francophone (AI Canada francophone)), on applaudissait aussi la décision de la cour.

«En cette époque de marasme, de douleur, de haine et de pessimisme, comme cette nouvelle fait du bien! » a écrit Anne Sainte-Marie, responsable des communications pour AI Canada francophone.

L’organisme dénonce depuis longtemps le sort réservé à certains membres de minorités religieuses au Pakistan.

«Le sort des personnes injustement accusées de blasphème dépend de cette affaire emblématique, qui a créé un climat de peur et d’hostilité parmi les Pakistanais, en particulier ceux qui ont une autre religion que l’islam sunnite», indiquait Amnistie internationale il y a deux semaines, alors qu’on attendait la décision de la Cour suprême dans cette affaire.

Omar Waraich, directeur adjoint pour l'Asie du Sud à Amnistie internationale, a qualifié l’annonce de la libération d’Asia Bibi de «victoire majeure pour la tolérance religieuse au Pakistan». Il a rappelé que des personnes de haut rang qui ont défendu la chrétienne ont été assassinées: Salmaan Taseer, gouverneur du Pendjab, en janvier 2011, et Shahbaz Bhatti, qui était le seul ministre chrétien du gouvernement à l'époque, en mars 2011.

Tant AED que AI craignent à présent pour la sécurité d’Asia Bibi et de ses proches.

«Maintenant qu’elle sera libérée, sa préoccupation première est sa sortie du pays. Elle ne peut pas rester au pays. J’espère que tout a été planifié pour sa sécurité et aussi pour la sécurité des juges», a déclaré Mme Lalonde.

«Oui nous sommes inquiets pour la sécurité d'Asia, de ses proches, et en fait de toutes les minorités religieuses au Pakistan », a renchéri Mme Sainte-Marie.

Plus tôt ce mois-ci, la fille de 19 ans d’Asia Bibi, Eisham Ashiq, confiait lors d’un séjour au Royaume-Uni à l'invitation d'AED qu’elle et sa famille ne pourront pas rester au Pakistan, car ils ne seront pas en sûreté.

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