Reportages sur l'exclusion de travailleuses près de deux mosquées

Le Conseil de presse blâme sévèrement TVA et une journaliste

Le 12 décembre 2017, un reportage diffusé par TVA affirmait qu'un entrepreneur en construction aurait subi des pressions et reçu des menaces pour que trois femmes qui travaillent sur le chantier qu'il dirige en soient exclues.
Le 12 décembre 2017, un reportage diffusé par TVA affirmait qu'un entrepreneur en construction aurait subi des pressions et reçu des menaces pour que trois femmes qui travaillent sur le chantier qu'il dirige en soient exclues.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-03-01 11:06 || Québec Québec

Il a fallu un an pour que le réseau TVA reconnaisse que son reportage prétendant que des pressions auraient exercées par deux mosquées pour empêcher des femmes de travailler sur un chantier de construction était erroné. Mais pour le Conseil de presse, qui vient de servir des remontrances à TVA, c'était trop peu trop tard.

«Après avoir mené une enquête pour valider la véracité des propos véhiculés par des témoins à la caméra, TVA conclut que l’information diffusée était inexacte et sans fondement», indiquait le site Web de TVA Nouvelles le 20 décembre 2018. «TVA offre ses plus sincères excuses à la Mosquée Baitul-Mukkaram et à l’Organisation islamique Ahl-ill Bait ainsi qu’à leurs dirigeants, membres et fidèles pour tous les dommages et inconvénients causés par ces reportages.»

«Cette mise au point dans laquelle le média admet ses fautes et s’excuse arrive beaucoup trop tard», tranche le Conseil de presse du Québec (CPQ) dans une décision rendue publique le jeudi 28 février 2019.

Dans les jours qui ont suivi la toute première diffusion du reportage, le 12 décembre 2017, pas moins de soixante-dix-neuf personnes ont déposé une plainte contre la journaliste Marie-Pier Cloutier, le site Internet www.tvanouvelles.ca, l’émission «TVA Nouvelles» et le réseau de télévision TVA.

Le tribunal d'honneur des médias québécois déplore, dans sa décision, «de graves manquements à la déontologie journalistique dans les reportages de la journaliste Marie-Pier Cloutier concernant l’exactitude, la vérification des informations transmises par une source, l’équilibre, l’équité et la correction des erreurs».

En analysant le déroulement des événements et les différents reportages diffusés sur cette affaire, le Conseil de presse estime que «que la journaliste [a] transmis des informations inexactes à propos des pressions effectuées par les dirigeants des mosquées, d’une clause écrite concernant la présence de femmes sur le chantier et de la réaffectation de cinq femmes du chantier».

Deux jours après la diffusion du premier reportage, la Commission de la construction du Québec (CCQ) avait pourtant statué que «l’analyse des documents liés au dossier, incluant les contrats, de même que les témoignages démontrent qu’il n’y a pas de clause qui concerne la présence de femmes au chantier».

«Absolument rien n’indique que les dirigeants ou les représentants des mosquées aient demandé des aménagements concernant la présence des femmes au chantier», avaient alors conclu les enquêteurs de la CCQ.

«En raison de la gravité des manquements commis» par la journaliste et les médias qui ont diffusé ces reportages, le Conseil de presse du Québec «prononce la sanction de blâme sévère».

«Ce reportage n’a fait qu’exacerber des tensions dans la société et a eu un impact important sur la communauté musulmane», regrettant au passage que le Groupe TVA ait refusé de collaborer à l'examen de cette plainte.

Le Conseil de presse du Québec agit comme tribunal d’honneur de la presse québécoise tant écrite qu’électronique, indique son site Web. «Le Conseil ne peut être assimilé à un tribunal civil, il ne possède aucun pouvoir judiciaire, réglementaire, législatif ou coercitif. Il n’impose aucune autre sanction que morale.»

Depuis sa fondation en 1973, cet organisme a étudié quelque 2000 plaintes. Ses décisions sont disponibles en ligne.

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