Entrevue

Le diocèse anglican de Montréal autorise désormais le mariage gai

La cathédrale anglicane Christ Church à Montréal.
La cathédrale anglicane Christ Church à Montréal.   (Présence/François Gloutnay)
Philippe Jean Poirier | Journaliste
Journaliste
2017-08-30 13:48 || Canada Canada

À deux ans du Synode général qui tranchera la question du mariage gai à l’intérieur de l’Église anglicane du Canada, l’union sacramentelle des couples gais demeure un sujet délicat, sous étroite surveillance. Mais certains évêques ont d’emblée choisi de ne pas attendre et ont déjà commencé à autoriser des mariages gais chez eux.

C’est le cas de Mary Irwin-Gibson, l’évêque anglicane de Montréal. Première femme à diriger le diocèse montréalais, son engagement envers les enjeux d’inclusion et de diversité se manifeste notamment par ses efforts pour s’exprimer en français et en mohawk. Même ouverture face à l’homosexualité: celle qui a voté en faveur du mariage gai au Synode général de 2016 a, le 13 août, officié la Messe de la fierté sans gêne aucune, devant 200 personnes.

«Peu importe qui nous sommes, a déclaré l’évêque, nous faisons partie de la communauté de Dieu. Le Christ accepte tout le monde dans son Corps.»

Accès limité pour l’instant

En entrevue, Mgr Irwin-Gibson explique cependant que les couples homosexuels qui demandent le mariage doivent répondre à plusieurs critères.

«Ils font la demande au curé de leur paroisse. Le curé me demande la permission. Pour le moment, nous n’acceptons que des gens qui sont pratiquants. Ils sont membres d’une paroisse, ils participent financièrement. Ils sont engagés, parfois même au niveau du ministère.»

Pas question, donc, de visiter l’Église anglicane le temps d’un mariage.

«J’ai déjà dit non à quelques demandes, confirme-t-elle. C’était des gens qui voulaient le service de l’Église, mais qui n’étaient pas engagés du tout… Pour le moment, c’est juste pour les pratiquants. Nous reverrons notre position quand la loi sera complètement changée.»

Pour qu’une loi canonique puisse être modifiée au sein de l’Église anglicane du Canada, il faut que le Synode général approuve le changement à deux reprises en ralliant les deux tiers des votes. La première lecture visant à inclure les conjoints de même sexe dans la définition du mariage anglican a eu lieu au synode de 2016, où la proposition a été adoptée de manière rocambolesque, après la rectification d’une erreur de comptage électronique. Comme les synodes nationaux ont lieu aux trois ans, la prochaine lecture se déroulera en 2019.

Or, plusieurs diocèses, dont ceux de Niagara, Toronto et Ottawa, ont choisi de ne pas attendre et d’autoriser dès maintenant les mariages gais.

Prudence avant le second vote

«Entre la première et la deuxième lecture, explique Mgr Mary Irwin-Gibson, je ne voulais pas faire de coup d’éclat ni de presse à ce sujet. Notre objectif était d’accepter au cas par cas les couples qui ne pouvaient attendre.»

Trois mariages auraient été célébrés jusqu'à présent.

La révérende rappelle que, même si l’Église anglicane du Canada est complètement autonome de celle de l’Angleterre, des États-Unis ou même d’Afrique, qui est aujourd’hui le berceau de l’anglicanisme, la question n’est pas si simple.

«Ça cause quand même des tensions, confirme-t-elle, parce que les Églises sont en partenariat dans une alliance anglicane. Et elles ne voient pas toujours du même œil comment les choses doivent aller.»

Mgr Mary Irwin-Gibson cite l’exemple de l’ordination des femmes prêtres.

«En Afrique, c’est sûr que l’ordination des femmes a été beaucoup plus lente qu’au Canada et aux États-Unis. Même à l’intérieur du Canada, il y a eu différentes vitesses pour l’adoption de ce changement. Ça va être la même chose pour le mariage gai. Il y a des régions au Canada où ce n’est vraiment pas correct pour eux. Ils ne sont pas prêts, ils ne sont pas heureux. Ils ne voient pas cela comme un geste chrétien.»

Ultimement, Mgr Mary Irwin-Gibson veut éviter de froisser les sensibilités avant le second vote de 2019 qui risque d'être à nouveau très serré. Et selon l'évêque de Montréal, c’est loin d’être gagné.

 

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