Lettre pastorale de Mgr Bruchési

Les communautés religieuses de Montréal très actives durant la pandémie de 1918

«Pendant deux mois et plus, ce fut une véritable hécatombe», écrivait l'archevêque de Montréal le 21 décembre 1918.
«Pendant deux mois et plus, ce fut une véritable hécatombe», écrivait l'archevêque de Montréal le 21 décembre 1918.   (Domaine public)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-06-10 21:13 || Québec Québec

En 1918, alors que tous se réjouissaient de la fin de la Première Guerre mondiale, un «fléau terrible» s'abattait de nouveau sur la population de Montréal, déplorait Mgr Paul Bruchési, le deuxième archevêque de Montréal, dans une lettre pastorale que des archivistes redécouvrent avec intérêt cent ans plus tard. Ce fléau, c'était un virus, celui de la grippe espagnole, une forme d'influenza particulièrement meurtrière.

«Pendant deux mois et plus, ce fut une véritable hécatombe», écrivait l'archevêque le 21 décembre 1918. «À Montréal seulement, du premier octobre au sept décembre, on signala 18 704 cas et l’on compta 3449 décès.»

Durant ces jours sombres, «la charité publique se dépensa sans mesure», constatait aussi Mgr Bruchési. «Partout on se dévoua, dans les maisons particulières, dans les asiles déjà existants, dans les hôpitaux créés d’urgence. Les membres valides, dans toutes les familles affligées, se prodiguèrent autour des lits de souffrance. Garde-malades, infirmières et infirmiers officiels se multiplièrent pour répondre aux besoins.» Quant aux médecins, il les félicitait pour leur «infatigable dévouement». L'archevêque révélait toutefois que «28 d’entre eux, anciens diplômés de notre Université de Montréal, payèrent de leur vie, dans l’un ou l’autre coin de la province, leur sollicitude empressée».

Malgré tous les efforts déployés, «la rage de l’épidémie devint telle qu’il fallut un jour songer à décupler les secours», écrivait encore Mgr Bruchési. C'est pourquoi il a demandé aux membres des communautés religieuses présentes à Montréal de prêter leur aide aux autorités sanitaires.

«À [mon] cri d’angoisse, écho de celui de la Commission municipale d’hygiène, vous avez répondu avec une complète unanimité», a-t-il reconnu dans sa lettre destinée aux communautés religieuses de Montréal afin de leur rendre hommage pour «leur conduite admirable durant l'épidémie».

Durant trois semaines, les religieux et religieuses ont arpenté toutes «les rues de la ville comme les anges de la charité», raconte-t-il. Au chevet des malades,, «vous n’avez distingué ni entre les conditions ni entre les croyances ni entre les labeurs. Les soins les plus humbles et les plus répugnants ne vous ont pas rebutés. La modeste demeure du pauvre ne vous a pas moins attirés que la luxueuse maison du riche. Aux vieux comme aux jeunes, aux protestants et aux indifférents comme aux catholiques vous avez versé le bienfaisant remède de votre souriante sérénité, plus efficace parfois que les médicaments.»

Dans sa lettre pastorale, l'archevêque de Montréal aligne plusieurs statistiques. Trente congrégations d'hommes et de femmes «volèrent au secours des malades». Quelque 560 religieux et religieuses «se vouèrent, nuit et jour, à leur service dans les hôpitaux temporaires ou permanents de la ville de Montréal» alors que 968 autres se consacrèrent «à la visite, au soulagement, à la consolation des malades à domicile», effectuant en trois semaines pas moins de «24 352 visites de jour».

«La lutte fut rude», reconnaît aussi Mgr Bruchési qui révèle que «305 des soldats de la charité congréganiste furent atteints du fléau à Montréal» et que «quinze y succombèrent».

Chez les Sœurs de Sainte-Anne

Combien y avait-il de Sœurs de Sainte-Anne parmi ces religieux et religieuses décédés en 1918 sur le territoire de l'archidiocèse de Montréal? La religieuse Lucille Côté ne peut l'affirmer avec certitude, mais en consultant les registres nécrologiques de sa communauté, elle confirme que «33 sœurs sont décédées chez nous dans les années 1918 et 1919». Si pour chacune on a pris soin d'indiquer la maladie qui a causé sa mort, «jamais il n’est question de grippe espagnole», a-t-elle noté. «On parle de pneumonie (5 cas), d'influenza (2), de tuberculose (1) et de fièvre typhoïde (1).»

En fouillant dans les archives de sa congrégation pour l'année 1918, sœur Côté a bien retrouvé une copie de lettre pastorale que Mgr Bruchési avait envoyée aux différentes communautés religieuses de Montréal afin de souligner leur dévouement durant la pandémie la plus meurtrière du 20e siècle.

Bien qu'elles étaient des enseignantes et non des religieuses vouées aux soins des malades, les Sœurs de Sainte-Anne avaient aussi répondu à l'appel de l'archevêque qui notait que «la fermeture des écoles vous laissait le loisir de vous dépenser» et reconnaissait que «l’étendue du malheur public stimulait votre instinctive observance de la loi naturelle de la charité».

Lucille Côté, la religieuse responsable du patrimoine des Sœurs de Sainte-Anne, a aussi découvert les notes laissées par une supérieure lors de sa visite aux religieuses responsables de l'école de Saint-Pierre-aux-Liens (une municipalité longtemps connue sous le nom de Ville Saint-Pierre avant d'être fusionnée avec les villes de Lachine et de Montréal).

Cette religieuse écrit, en janvier 1919, que «la terrible épidémie, qui a sévi à Montréal et partout en octobre dernier, obligea les commissaires à fermer les classes durant près de cinq semaines».

Le procès-verbal de cette visite raconte aussi qu'«à Saint-Pierre-aux-Liens, le nombre des victimes du fléau étant considérable, l’école fut convertie en hôpital d’urgence et les sœurs se firent garde-malades. Au couvent, comme à domicile, elles se multiplient pour donner leurs soins aux pauvres malades. Elles eurent la consolation d’adoucir bien des misères et d’assister plusieurs mourants».

«Le bon Dieu bénit leur charité, car aucune ne contracta la maladie», a aussi noté la supérieure des Sœurs de Sainte-Anne après sa visite à Saint-Pierre-aux-Liens.

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