Entrevue avec le recteur France Salesse

Penser l’Ermitage Saint-Antoine pour la quête spirituelle d’aujourd’hui

Les prêtres capucins Michel Gagné (gauche) et France Salesse (droite).
Les prêtres capucins Michel Gagné (gauche) et France Salesse (droite).   (Courtoisie Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2017-11-23 14:24 || Québec Québec

Parce que les exigences spirituelles des gens évoluent, il faut être prêt à évoluer avec eux. C’est du moins ce que croit le frère France Salesse, recteur de l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, un des grands sanctuaires nationaux du Québec. Par-delà les investissements pour développer une expérience multimédia d’envergure dès l’an prochain, l’ermitage veut continuer d’offrir aux pèlerins et aux visiteurs une occasion unique: celle de prendre contact avec le sacré.

À l’instar des autres grands sanctuaires québécois, l’ermitage observe depuis quelques années un changement de paradigme. Les pèlerinages organisés classiques, axés sur la foi populaire, n’ont pas complètement disparu, mais ils cèdent de plus en plus le pas à des démarches individuelles rattachées à une quête spirituelle.

«Les gens qui viennent recherchent la beauté: dans les célébrations, la liturgie, les lieux, l’architecture et le patrimoine. Ils cherchent le sacré. Dans beaucoup d’endroits, on a laissé tomber le sacré. Entrer dans le sacré, c’est une attente des pèlerins», assure France Salesse.

Cette beauté, ils la trouveront prochainement sous une nouvelle forme, alors que l’ermitage offrira dès l’été 2018 une projection multimédia originale intitulée Une aventure en soi. L’investissement totalise 3,1 millions $, dont plus de 1,4 million $ du gouvernement fédéral et près de 900 000 $ du gouvernement provincial, qui y voient une manne touristique. La conception du spectacle «de calibre international» s’accompagnera de l'aménagement d'une salle de projection et de la modernisation du pavillon d'accueil, du bloc sanitaire et des accès pour les personnes à mobilité réduite.

«L’idée du spectacle est de montrer comment l’ermitage transmet les valeurs franciscaines», indique le recteur. «Et aide à faire l’expérience d’une réflexion spirituelle et humaine, en permettant de réfléchir sur notre propre vécu et notre rapport à l'environnement et aux autres.»

Selon lui, plusieurs visiteurs s’intéressent à l’intelligence de la foi. «On a des gens attirés par la dévotion, mais on a beaucoup de gens qui viennent pour comprendre leur foi», explique-t-il, en notant qu’il observe ce désir dans les activités proposées par l’ermitage, dont les partages d’Évangile quotidiens.

Répondre aux besoins actuels

Pour ce prêtre capucin, l’un des défis de l’ermitage consiste à trouver une façon «d’aller vers les périphéries», pour reprendre une expression popularisée par le pape François au cours des dernières années. Car contrairement aux autres grands sanctuaires nationaux où plusieurs visiteurs s’arrêtent en passant, l’ermitage, en raison de sa position géographique, est plutôt une destination.

«Il faut voir comment se faire proche des périphéries existentielles, dit le recteur. Les sanctuaires ont comme caractéristique d’accueillir à la fois des souffrances en tout genre et des gens qui portent des questionnements existentiels. Ici, une large part de notre ministère est l’accueil et l’accompagnement des souffrants. Leurs souffrances sont morales, familiales ou relationnelles. Elles concernent leur travail, leur rapport aux autres, souvent après une séparation, ou la perte de contact avec leurs enfants. Ça, en on voit plus qu’avant.»

Si les années 2015 et 2016 avaient été plutôt bonnes en termes de fréquentation avec environ 85 000 visiteurs par année, l’année 2017 pourrait s’avérer encore meilleure, notamment en raison du passage des reliques de saint Antoine en juin, qui ont attiré de nombreux pèlerins. Mais ce n’est pas tant la consolidation du nombre de visiteurs que l’assurance de faire de l’ermitage un lieu qui sache répondre aux besoins de son époque qui habite France Salesse.

«Il faut offrir des services, des activités qui rejoignent la quête spirituelle des gens. On a l’avantage d’être dans un milieu naturel extraordinaire. Ça touche beaucoup de gens. Nous avons ici sept kilomètres de sentiers dans les bois que les gens peuvent utiliser. On a un atelier de faune et flore avec randonnée en forêt. Nous avons aussi de la marche méditative. La marche est très significative pour les gens. De plus, le Sentier Notre-Dame Kapatakan de 215 kilomètres se termine ici.»

Pour le recteur, l’avenir tient donc à ce concept fondamental et constitutif de ce qu’est l’ermitage Saint-Antoine depuis sa fondation en 1907: permettre aux gens de se retrouver entre eux pour vivre des expériences de foi.

 

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