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Voyage de François au Chili et au Pérou

Au Chili, le pape demande pardon aux victimes d'abus sexuels

Le pape François et la présidente chilienne Michelle Bachelet au palais présidentiel à Santiago le 16 janvier 2018.
Le pape François et la présidente chilienne Michelle Bachelet au palais présidentiel à Santiago le 16 janvier 2018.   (CNS Photo/Paul Haring)
2018-01-16 09:51 || Monde Monde

Dans son premier discours officiel prononcé au Chili, le pape François a demandé pardon aux victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé.

Alors qu’il s’adressait aux autorités politiques et aux membres du corps diplomatique chilien le 16 janvier, le pape a exprimé sa « douleur » et sa « honte » face aux torts causés à des enfants par certains clercs.

« Je me fais un avec mes frères évêques, car il est juste de demander pardon et de faire tous les efforts [nécessaires] pour soutenir les victimes, tout en nous engageant pour nous assurer que de telles choses ne se reproduisent plus », a-t-il dit.

Les préparatifs de la visite du pape au Chili entre le 15 et le 18 janvier ont été obscurcis par la controverse lancinante entourant le choix du pape de nommer en 2015 un évêque accusé d’avoir fermé les yeux sur les abus perpétrés par un prêtre connu.

La nomination par le pape de Mgr Juan Barros à la tête du diocèse d'Osorno a suscité plusieurs réactions négatives – notamment lors de la messe d'installation de l'évêque – en raison de la relation de l'évêque avec le père Fernando Karadima, son ancien mentor. Le père Karadima a été condamné à une vie de prière et de pénitence par le Vatican après avoir été reconnu coupable d'avoir abusé sexuellement de garçons.

L’opposition à cette nomination a pris de l'ampleur lorsqu'une vidéo du pape François défendant son choix a été publiée en septembre 2015 par la chaîne d'information chilienne Ahora Noticias. Filmé lors d'une audience générale quelques mois plus tôt, la vidéo montre le pape en train de dire à un groupe de pèlerins chiliens que les catholiques opposés à la nomination «jugent un évêque sans aucune preuve».

Les victimes et des gens les appuyant ont organisé une conférence et protesté à l’occasion de l'arrivée du pape.

Rencontre avec Michelle Bachelet

Le pape François s'est rendu à La Moneda, le palais présidentiel, et a été accueilli par la présidente chilienne Michelle Bachelet. Des milliers de personnes étaient rassemblées sur la place devant le palais, scandant «Francisco, amigo, Chili esta contigo» («François, ami, le Chili est avec toi»).

Malgré l'atmosphère joviale à l'extérieur de La Moneda, plusieurs signes indiquent qu’il y a aussi une certaine opposition à cette visite, notamment à Santiago.

Les médias chiliens ont signalé des actes de vandalisme à la paroisse de la Divine Providence, non loin du parc O'Higgins, où le pape devait célébrer la messe plus tard dans la matinée. Les Vandales ont peint les mots «complice» et «papa arde» («brûler le pape») sur la façade de l'église, sous une bannière accueillant le pape François.

Trois jours plus tôt, plusieurs églises chiliennes ont été incendiées et la police a trouvé d'autres engins non explosés dans deux autres églises de Santiago. Certains des pamphlets comprenaient la phrase «les prochaines bombes seront dans votre soutane» et parlaient de la cause du groupe indigène mapuche.

«Comment allez-vous? Avez-vous pu vous reposer?» a demandé la présidente Bachelet au pape quand il est arrivé au palais. «Parfaitement», a-t-il répondu. Les deux dirigeants se sont levés pour les hymnes nationaux du Chili et du Vatican avant d'entrer dans la cour du palais où environ 700 membres des autorités gouvernementales et du corps diplomatique ont accueilli le pape avec une ovation debout.

Dans son discours aux dirigeants politiques du pays, le pape François a souligné la nécessité pour les responsables d'écouter le peuple et de valoriser leurs expériences, leurs cultures, leurs souffrances et leurs espoirs.

Le pape a parlé «des enfants qui regardent le monde avec des yeux pleins d'étonnement et d'innocence et attendent de nous des réponses concrètes pour un avenir digne».

À ce moment-là, il a dit aux fonctionnaires: «Je me sens obligé d'exprimer ma douleur et ma honte devant les dommages irréparables causés aux enfants par certains ministres de l'Église».

La reconnaissance par le pape des crimes d'abus sexuels commis par les membres du clergé a été accueillie par de forts applaudissements de la part des autorités gouvernementales présentes.

L’avenir du Chili

En regardant la vie sociale et politique du pays, le pape François a félicité la nation pour le développement constant de la démocratie depuis 1990, quand le règne du général Augusto Pinochet a pris fin.

Les récentes élections présidentielles en novembre, a-t-il dit, «ont été une démonstration de la solidité et de la maturité civique que vous avez acquises».

«C'était un moment particulièrement important, car il a façonné votre destin de peuple fondé sur la liberté et la loi, qui a traversé des moments de tourmente, parfois douloureux, mais a réussi à les surpasser et à confirmer le rêve de vos pères fondateurs», a déclaré le pape.

La présidente chilienne Michelle Bachelet doit remettre le poste au président élu Sebastian Pinera en mars.

L'avenir du Chili, a déclaré le pape François, dépend de la capacité de son peuple et de ses dirigeants à écouter ceux qui sont dans le besoin et à «remplacer les idéologies étroites par un intérêt sain pour le bien commun».

Les chômeurs, les autochtones, les migrants, les personnes âgées, les jeunes et les enfants méritent tous d'être écoutés tout en accordant «une attention particulière à notre foyer commun».

La sagesse de la population indigène du pays, a-t-il ajouté, peut aider la société chilienne «à transcender une vision simplement consumériste de la vie et à adopter une attitude sage envers l'avenir».

«La sagesse des peuples autochtones peut grandement contribuer à cela», a déclaré le pape François. «D'eux, nous pouvons apprendre qu'un peuple qui tourne le dos à la terre, et tout et tout le monde, ne connaîtra jamais un développement réel.»

Junno Arocho Esteves

 

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