Rapport 2018 sur la liberté religieuse dans le monde

L'ultranationalisme, une menace pour la liberté religieuse selon l'AED

Une fillette devant un abri de fortune au Cachemire, en Inde, en 2015.
Une fillette devant un abri de fortune au Cachemire, en Inde, en 2015.   (CNS photo/Farooq Khan, EPA)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-11-29 16:35 || Monde Monde

Trente-huit pays dans le monde violent actuellement, de manière flagrante ou organisée, la liberté de religion. Dans plus de la moitié de ces nations, des croyants, peu importe leur Église d'appartenance ou leur religion, sont même carrément persécutés.

Dans son Rapport 2018 sur la liberté religieuse dans le monde, l'organisme Aide à l'Église en détresse (AED) estime que les menaces que les États «font peser sur la liberté religieuse» ne cessent d'augmenter.

Ce rapport, rendu public le 22 novembre 2018, commente la liberté religieuse et recense les incidents discriminatoires survenus dans 196 pays, dont le Canada, au cours des deux dernières années.

Forme agressive de nationalisme

L'Inde est l'un de ces pays où la liberté religieuse n'a cessé de se dégrader. «Rapport après rapport, des actes de violence flagrante sont apparus, impliquant à chaque fois la haine religieuse comme motivation claire», notent les rédacteurs de ce document de plus de 500 pages, accessible gratuitement en ligne.

En Inde, mais aussi dans d'autres pays, on observe «l’émergence d’une forme particulièrement agressive de nationalisme».

Ce phénomène «non seulement considère que les groupes minoritaires respectueux des lois sont une menace pour l’État-nation» mais il se rend aussi coupable «d'actes d’agression destinés à les forcer à abandonner leur identité respective, ou à quitter le pays».

«Une telle menace peut être qualifiée d’ultranationalisme», indique-t-on.

Le Rapport 2018 de l'AED déplore aussi qu'aux yeux des «gouvernements occidentaux et des médias, la liberté religieuse n’est pas prioritaire dans les questions liées aux droits de l’homme».

Cette absence d'intérêt envers la liberté de religion fait que «la plupart des gouvernements occidentaux n’ont pas fourni d’aide d’urgence aux groupes confessionnels minoritaires», notamment «aux communautés déplacées qui souhaitaient rentrer chez elles».

Une fiche pour le Canada

Dans l'édition 2018 de ce rapport, produit tous les deux ans par l'AED, le nom du Canada ne fait pas partie de la longue liste de pays où les violations de la liberté religieuse sont «significatives». Une fiche lui est toutefois consacrée, ce qui aussi est le cas pour 195 autres pays du monde.

On y recense plusieurs incidents, discriminatoires ou violents, envers des groupes religieux qui ont eu lieu dans les différentes provinces canadiennes.

On y mentionne l'attentat à la grande mosquée de Québec du 29 janvier 2017 où «six hommes ont été tués et cinq ont été grièvement blessés». On indique que cette mosquée, quelques mois plus tôt, avait «reçu un colis contenant un Coran vandalisé et une note disant que la communauté musulmane devrait utiliser une ferme porcine comme cimetière».

Dans la portion du texte sur les relations entre les gouvernements et les groupes religieux, on y rappelle que «le Québec a adopté, en octobre 2017, une loi interdisant aux personnes donnant ou recevant des services publics d’avoir le visage voilé».

Il s'agit du projet de loi 62, adopté le mercredi 18 octobre 2017 par l'Assemblée nationale. Le Rapport note que plusieurs groupes ont contesté cette loi et qu'en décembre 2017 «un juge québécois a suspendu l’interdiction de se couvrir le visage jusqu’à ce que la province établisse des lignes directrices claires en ce qui concerne les autorisations religieuses».

Le mercredi 28 novembre, le nouveau premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé qu'une loi sur la laïcité serait bientôt soumise aux députés . Cette loi interdirait le port de signes religieux par tout employé de l'État en position d'autorité, ce qui comprend les enseignants du primaire et du secondaire.

L'ajout d'une clause obligatoire sur le respect des droits humains - dont «les droits en matière de procréation, c'est-à-dire l'avortement», résument les auteurs -  dans le formulaire du programme Emplois d'été Canada est aussi mentionné dans le Rapport 2018 sur la liberté religieuse dans le monde.

La liberté de conscience ou de religion n'est pas en péril au pays. Les auteurs du Rapport 2018 préviennent toutefois que «les nouvelles restrictions gouvernementales, ou leur renforcement, sur la liberté religieuse au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018) pourraient avoir un impact négatif sur les religions tant majoritaires que minoritaires au cours des deux prochaines années».

Ils craignent, écrivent-ils en conclusion, «un risque accru d’intolérance sociétale à l’égard des religions minoritaires, ce qui pourrait être le contrecoup du terrorisme mondial ou des conflits géopolitiques attribués à des groupes religieux, ainsi que des sentiments anti-immigration au Canada».

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