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De la Jordanie au Canada

Les catholiques canadiens poursuivent leurs efforts d'accueil des réfugiés

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a accueilli à Toronto les premiers des 25 000 réfugiés syriens le 10 décembre 2015.
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a accueilli à Toronto les premiers des 25 000 réfugiés syriens le 10 décembre 2015.   (CNS photo/Mark Blinch, Reuters)
2016-01-08 09:02 || Canada Canada

Les catholiques canadiens poursuivent leurs efforts destinés à accueillir et à faciliter l’intégration des réfugiés syriens à leur pays d’adoption, prenant leurs distances des discours alarmistes et des préoccupations sécuritaires qui ont caractérisé les célébrations du Nouvel An.

Le Canada s’est fixé comme objectif d’accueillir 25 000 réfugiés syriens d’ici la fin février. Or, selon Bruno Saccomani, l’ambassadeur du Canada en Jordanie, cet objectif «est à portée de mains et devrait être aisément atteint, en raison du processus de parrainage déjà en cours, que ce soit de la part du gouvernement ou d’organismes privés».

Selon Martin Mark, directeur de l’Office pour les réfugiés de l’archidiocèse de Toronto, les choses se déroulent rondement. «Même en plein cœur de la nuit, nous recevons des messages en provenance d’Amman, la capitale jordanienne, et nous confirmant que nous devrions accueillir environ 300 personnes.»

La politique d’accueil des réfugiés syriens déployée par le Canada est l’une des plus ambitieuses au monde. L’Office pour les réfugiés de l’archidiocèse de Toronto (ORAT) est d’ailleurs aux premières lignes de ce processus de parrainage. Son mandat consiste à conseiller et à soutenir les organismes privés (paroisses, universités ou communautés) qui désirent parrainer des réfugiés syriens ou encore leur venir en aide.

Un ex-réfugié à la tête de l’ORAT

«On fait ici face à une évacuation de masse, en raison du nombre imposant de personnes que nous devons accueillir et de toutes les solutions de dernière minute que nous devons déployer», ajoute Martin Mark. «Lorsque nous avons appris que les réfugiés étaient enfin en route et qu’ils devraient arriver au pays d’ici un jour ou deux, nous étions à la fois exaltés et complètement épuisés.»

D’origine hongroise, Martin Mark est lui-même un réfugié. Il est arrivé au Canada il y a une quinzaine d’années. Cette expérience migratoire le rend plus sensible aux difficultés auxquelles font face celles et ceux qui fuient la guerre, la violence ou la discrimination. Vétérinaire de formation, Martin Mark était également très engagé dans la lutte contre le racisme dans son pays d’origine. Menacé par diverses organisations racistes hongroises, il a dû quitter son pays et s’exiler au Canada.

Le parrainage privé

Selon Martin Mark, l’ORAT se consacre prioritairement au parrainage privé des réfugiés. «Sauf lorsque nous faisons face à des cas spéciaux. Par exemple, lorsqu’il s’agit de réfugiés ayant besoin de soins médicaux très lourds. Dans ces cas-là, nous collaborons étroitement avec les divers paliers de gouvernement, dans le cadre d’un programme de parrainage conjoint.»

«Nous identifions, sélectionnons et trions nous-mêmes les réfugiés. Nous nous chargeons aussi de toute la logistique et assumons les frais liés à l’accueil des réfugiés». Les programmes de parrainage privé de l’ORAT «financent de A à Z l’arrivée et l’accueil des réfugiés que nous faisons entrer au pays».

En 2015, l’ORAT a pris en charge le parrainage et l’accueil d’environ 2, 300 réfugiés. Près de 90% de ces réfugiés étaient des Syriens ou des Irakiens.

Le rôle du gouvernement canadien

Selon Bruno Saccomani, l’ambassadeur du Canada en Jordanie, le gouvernement canadien a déployé un nombre accru de fonctionnaires directement sur le terrain, au Moyen-Orient, afin d’accélérer le processus de tri et d’émigration des réfugiés syriens, de manière à atteindre l’objectif fixé par le gouvernement fédéral, c’est-à-dire l’accueil de 25 000 réfugiés d’ici la fin février. Et ce, ajoute-t-il, sans faire le moindre compromis en ce qui a trait à la sécurité, les réfugiés ayant été soumis à un processus d’enquête très rigoureux.

Forces armées, services frontaliers, agences de sécurité, autorités médicales, ministère de l’Immigration: tous ont été mis à contribution afin que ces réfugiés soient «soumis aux mêmes processus que les autres personnes désirant émigrer au Canada», insiste l’ambassadeur Saccomani.

«Le filtrage sécuritaire des réfugiés syriens commence dès le tout début du processus de sélection», ajoute-t-il. «Les critères de sélection que nous avons élaboré nous amènent à privilégier les groupes les plus vulnérables, qu’il s’agisse de familles entières, de femmes célibataires, et de personnes étant aux prises avec des blessures incapacitantes ou avec de graves maladies».

«Notre objectif est de permettre à la Jordanie, à la Turquie et au Liban de nous confier les cas plus complexes et les personnes les plus vulnérables. Nous pouvons dès lors entrer en action et soutenir ces pays», ajoute l’ambassadeur.

L’Église canadienne et les réfugiés

L’Église catholique canadienne est consciente du fait que les Syriens ne sont pas les seules personnes cherchant à trouver refuge au Canada. Cela dit, force est d’admettre que la situation syrienne est la plus importante crise humanitaire à laquelle le monde est présentement confronté.

Le candinal Thomas Collins, l'archevêque de Toronto, a récemment donné son appui au Projet Espoir (Project Hope) afin de faciliter l’accueil des réfugiés originaires du Moyen Orient.

Selon Martin Mark, ce projet est destiné «à l’ensemble des migrants en provenance du Moyen Orient, et non pas aux seuls Syriens. Nous venons également en aide à des migrants irakiens et aussi à des Soudanais s’étant réfugiés en Jordanie. Nous venons en aide à tous ces gens car ils ont tous besoin de nous. Il serait très malvenu de les renvoyer là-bas, sous prétexte qu’ils ne sont pas détenteurs du ‘bon’ passeport».

L’accueil des chrétiens d’Orient

Les pays occidentaux ne se sont pas suffisamment soucié du sort des chrétiens irakiens qui fuyaient la région, après la conquête de la plaine de Ninive par les djihadistes de l’État islamique, en 2014.

«Notre approche est fondamentalement inclusive. Cela dit, nous tâchons d’accorder une place de choix aux réfugiés chrétiens fuyant la persécution. On ne devrait jamais abandonner ceux-ci, ni les amalgamer avec les autres réfugiés», affirme Martin Mark. «Notre processus de sélection est équilibré. Nous tâchons malgré tout de venir en aide aux chrétiens et aux membres d’autres minorités persécutées.»

De la Jordanie au Canada

La Jordanie héberge officiellement 63 000 réfugiés syriens. Or, selon les autorités jordaniennes, ce chiffre ne tient compte que réfugiés syriens dûment enregistrés. Il faudrait y ajouter les nombreux réfugiés clandestins, dont le nombre est difficile à estimer.

La Jordanie a salué les efforts du Canada en ce qui a trait à l’accueil des réfugiés. Les autorités jordaniennes espèrent que d’autres pays imiteront le Canada et prendront leurs responsabilités, car les pays voisins de la Syrie ne peuvent héberger davantage de réfugiés qu’ils ne le font en ce moment.

L’appui des Canadiens

Aux yeux de l’ambassadeur Saccomani, sans l’appui des Canadiens et des Canadiennes, il aurait été impossible de mener à bien cette politique d’émigration et de parrainage des réfugiés syriens.

«Sans l’appui enthousiaste de la population canadienne, nous ne serions jamais arrivés à travailler aussi efficacement. Dès qu’ils atterriront à Montréal ou à Toronto, ces réfugiés seront accueillis et pris en charge par une quarantaine de communautés, disséminées à travers le pays», ajoute-t-il.

«C’est ça, l’ingrédient secret de toute cette opération. Les Canadiens dans leur ensemble se sont ralliés à ce projet et en ont fait leur priorité nationale. Et nous sommes tous très, très fiers d’y collaborer», affirme l’ambassadeur.

Martin Mark est lui aussi émerveillé par la réaction de la population canadienne.

«La foi s’incarne dans des gestes concrets », dit-il. «Différents acteurs de la société civile s’engagent dans ce projet, y compris des gens n’ayant rien à gagner dans tout ce processus. Ils le font car ils comprennent qu’il faut faire quelque chose pour aider ces gens».

Dale Gavlak, Catholic News Service
Trad. et adapt. Présence/Frédéric Barriault

 

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