Oxfam, Syrie, Jérusalem

Un café avec Carl Hétu

Carl Hétu, directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA).
Carl Hétu, directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA).   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-03-02 12:33 || Monde Monde

Entre deux rendez-vous à Montréal, le temps d'un café, Carl Hétu, directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA), commente trois récents événements.

Des membres du personnel d'Oxfam UK auraient commis des gestes répréhensibles en Haïti. Ces faits, connus dès 2011, ont été sanctionnés. On reproche toutefois à l'organisme d'avoir caché ces informations au public, et notamment au gouvernement haïtien. Quelles leçons les ONG du Canada doivent-elles tirer de ces événements?

Disons d'abord que cela surprend. Oxfam UK est une organisation reconnue pour ses politiques très sévères dans le choix de ses coopérants à l'étranger. Je ne sais pas ce qui se passe à l'interne, mais que cette situation sorte dans les médias, ça fait peur. Et ça fait surtout mal parce que la perception du public envers les organisations internationales est très basse. Ici, parmi tous les organismes de charité, c'est aux organisations internationales que les Canadiens donnent le moins. D'entendre des histoires comme celles-là, cela fait en sorte que des organismes comme le nôtre vont payer pour cela. Il y aura un coût pour nous, c'est certain. On n'avait pas besoin de ça.

À CNEWA, on n'emploie pas des gens de l'extérieur. On a cinq bureaux, trois au Moyen-Orient, un en Inde et un en Éthiopie. Ce sont des gens de ces pays qui y travaillent. Les gens les regardent et observent ce qu'ils font. Ils ont intérêt à bien se comporter. Et ils ne quitteront pas pour un nouveau pays ou une nouvelle assignation dans six mois ou dans un an.

En Syrie, aucun civil n'a emprunté depuis son ouverture le couloir humanitaire instauré dans la Goutha orientale. Cela vous étonne? Comment expliquer cette situation.

Le gouvernement syrien, avec ses partenaires de la Russie, du Hezbollah libanais et de l'Iran, se trouve en position de force. La coalition internationale a beau avoir réglé le cas de l'État islamique, il y a toujours beaucoup de groupuscules révolutionnaires qui veulent continuer de combattre. Sur place, les États-Unis et l'Europe ont perdu toute crédibilité diplomatique au cours des dernières années. C'est la Russie et d'autres pays qui ont gagné la bataille diplomatique et c'est par eux que va passer la résolution du conflit.

La méthode est la suivante: s'il faut tuer 1000 civils pour abattre 20 rebelles, on va le faire. Ce n'est pas différent de ce qu'a fait le président Fujimori au Pérou. Il a réglé le cas du Sentier lumineux mais il a mis des milliers de gens en prison tout en créant d'autres problèmes sociaux.

Le président Assad utilise la même stratégie. S'il faut détruire des villages, il va le faire. Il sais que la communauté internationale ne peut rien. Tant qu'il sera en position de force et tant qu'il y aura de l'opposition à l'intérieur de la Syrie, on va connaître de telles situations.

Les chefs des Églises chrétiennes de Jérusalem ont fermé un moment l'église du Saint-Sépulcre afin de protester contre les taxes que veut leur imposer le maire de Jérusalem. Mercredi, les portes de l'église étaient ouvertes après que le gouvernement israélien ait suspendu la décision du maire. Faut-il y voir une victoire ou une simple trêve?

Le problème de la taxation des institutions chrétiennes n'est pas nouveau en Israël. Le Vatican négocie depuis de nombreuses années avec l'État d'Israël afin de régler cette question. Les autres Églises, coptes, arméniennes, orthodoxes, regardent attentivement ces négociations car elles auront un impact direct sur elles.

En 2015, le Vatican a signé une entente avec l'État palestinien sur la gestion des lieux saints dans les territoires palestiniens. Au même moment, les négociations avec Israël devaient aboutir. Mais tout a été bloqué et certains disent que c'est à cause de l'utilisation du terme «État palestinien» dans l'entente.

Le maire de Jérusalem, que plusieurs voient comme successeur du premier ministre Benyamin Netanyahou, veut donc tester s'il est possible de taxer les Églises sans avoir d'entente officielle. Il réclame pas moins de 200 millions $ en arriérés de taxes. Les Églises ont fermé le Saint-Sépulcre. Le tollé international a été si grand que le premier ministre a demandé qu'une commission soit formée. Le maire a dû reculer.

Tous les citoyens doivent payer des taxes, ce n'est pas là la question. Mais cela doit se faire au terme de négociations appropriées.

 

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