Pape François

Porte ouverte au diaconat féminin

Le pape salue soeur Carmen Sammut, présidente de l’Union internationale des supérieures générales, le 12 mai 2016 au Vatican.
Le pape salue soeur Carmen Sammut, présidente de l’Union internationale des supérieures générales, le 12 mai 2016 au Vatican.   (CNS Photo/Paul Haring)
2016-05-12 15:34 || Vatican Vatican

Le pape François a indiqué à des dirigeantes de communautés religieuses féminines qu’il mettrait en place une commission chargée de se pencher sur le diaconat féminin. Il a ajouté que l’Église peut et doit en faire plus pour que des laïques et des femmes consacrées accèdent à davantage de postes décisionnels en son sein.

Lorsqu’on lui a demandé s’il donnerait son aval à la création d’une «commission officielle ayant pour mandat d’étudier la question de l’accès des femmes au diaconat», le pape François a répondu : «Je pense que oui, ce serait bien pour l'Église de clarifier ce point. Je suis d'accord.»

Le 12 mai, le pape a répondu pendant plus d’une heure aux questions des 900 déléguées de l’Union internationale des Supérieures générales, qui représentent 500 000 religieuses catholiques. Tout au long de sa discussion avec les religieuses, le pape s’est assuré de clarifier ses propos ou de reformuler ses réponses afin de s’assurer de répondre convenablement aux questions.

«Je suis heureux que vous me posiez ces questions. Votre questionnement nourrit ma propre réflexion», a affirmé le pape aux religieuses présentes lors de cette réunion. «J’ai l’impression d’être un gardien de but: je suis ici, devant vous, totalement à l’affut, mais je ne sais pas de quelle direction proviendra la ballon qu’on lancera dans ma direction.»

Le diaconat féminin

Une religieuse a questionné le pape à propos des diaconesses auxquelles fait allusion le Nouveau Testament, en lui demandant si l’Église ne devrait pas admettre les femmes au diaconat. Dans sa réponse, François a insisté sur les distinctions à établir entre les diaconesses figurant dans la Bible et les diacres exerçant leur ministère, de nos jours, dans l’Église. Aux yeux du pape, le ministère de ces diaconesses était temporaire alors que celui des diacres est permanent. Selon le pape, le rôle des diaconesses consistait d’abord à assister le prêtre lors de l’immersion et de l’onction baptismale des femmes.

Le pape s’est néanmoins engagé à demander à la Congrégation pour la doctrine de la foi de lui faire parvenir des travaux sur la question. François s’est aussi engagé à questionner la Congrégation pour le culte divin et les sacrements à propos de l’interdiction faite aux femmes de prononcer des homélies lors de célébrations eucharistiques. Les femmes sont certes autorisées à prêcher devant une assemblée, mais uniquement à l’occasion de célébrations de la Parole. Le pape a rappelé que lors d’une messe, la célébration de la Parole et la célébration eucharistique forment un tout indissociable. Officiellement, seul un prêtre dûment ordonné peut prêcher et présider une célébration eucharistique.

La place des femmes dans l’Église

Le pape a aussi été questionné sur l’accès des femmes à des postes d’influence au sein de l’appareil ecclésiastique. Selon lui, l’Église a le devoir d’être à l’écoute des femmes, et ce, tant au Vatican, que dans les paroisses et diocèses. «Ce n’est pas une question de féminisme, mais d’abord de droits», admet-il.

Tous les baptisés – les hommes et les femmes, les laïques et les personnes consacrées – sont animés par les dons et les charismes déposés en eux par l’Esprit saint. Et ce, ajoute le pape, pour le bénéfice de l’Église dans son ensemble. Fermer la porte à ces dons et refuser d’entendre le point de vue de tous les baptisés est néfaste pour le bien de l’Église, a-t-il dit.

L’une des religieuses présentes dans la salle a formulé un souhait : «Nous désirons que l’Église parle avec nous, et qu’elle cesse de parler de nous [en notre absence]», disait-elle, tout en se réjouissant qu’un tel dialogue soit justement «en train de se produire».

Le pape a alors reconnu que «parler d’une personne pendant son absence était tout sauf évangélique». Il a ensuite demandé aux dirigeantes de congrégations et d’ordres religieux féminins d’assister avec assiduité aux réunions de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. «Tâchez d’y être. Je vais d’ailleurs demander au préfet [de cette congrégation] de corriger la situation.»

«Je dois admettre n’avoir jamais pris conscience du degré de déconnexion à l’œuvre [dans l’Église, sur ces questions]. Je vous remercie de m’en avoir parlé avec courage. Et de l’avoir fait tout en me souriant», a jouté le pape.

François y est cependant allé d’une petite mise en garde: l’Église, dit-il, doit constamment se méfier du danger du cléricalisme, qu’il a d’ailleurs qualifié «d’attitude pécheresse». Or, ajoute-t-il, «il faut être deux pour danser le tango». Le pape reconnait d’emblée la propension d’un certain nombre de prêtres à agir comme s’ils étaient les «seigneurs de l’Église». Cela dit, force est d’admettre qu’un grand nombre de laïcs et de femmes n’ont qu’une seule aspiration: être eux aussi «cléricalisés».

Service de l’Église et dignité féminine

Le pape s’est ensuite attardé à la situation des religieuses travaillant à titre de de ménagères pour les membres du clergé. Ce travail est celui d’une «servante», pas celui d’une religieuse au service de l’Église. Un pareil travail, ajoute-t-il, «porte atteinte à la dignité des religieuses».

Les supérieures ont applaudi le pape lorsque celui-ci a sommé les membres du clergé à confier l’entretien de leurs presbytères à des laïques dans le besoin, de manière à ce que les religieuses puissent se consacrer à l’enseignement, à l’aide aux personnes démunies et aux soins de santé. «Et lorsqu’on demande à des supérieures comme vous [d’envoyer vos sœurs] accomplir des tâches qui sont celles d’une servante et non pas d’un serviteur [de Dieu], soyez courageuses et dites ‘non’».

L’argent et la pauvreté évangélique

Le pape admet que «le diable se fraye toujours un chemin par le biais du porte-monnaie». Il a donc exhorté les supérieures à se méfier de leurs trésoriers mais aussi des «amis» qui promettent de financer leurs œuvres de charité, ou de faire fructifier leurs avoirs. François a néanmoins rappelé aux religieuses que faire le vœu de pauvreté ne veut pas dire vivre dans la misère mais plutôt mener une existence sobre et simple.

Les religieuses se sont esclaffées de rire lorsque le pape les a invitées à faire appel à leur évêque lorsque leur congrégation fait face à des difficultés financières. Réagissant aux éclats de rires de l’assemblée, François a convenu, d’un ton amusé, qu’il valait sans doute mieux qu’elles s’en remettent à la prière afin que Dieu leur fournisse au jour le jour «leur pain quotidien».

Concluant sur une note plus sérieuse, le pape a rappelé aux religieuses que le vœu de pauvreté veut d’abord dire se détacher des biens matériels afin de mieux servir Dieu, de même que les personnes les plus démunies. Mais, ajoute-t-il, «sans aller jusqu’à compromettre la viabilité de votre mission».

Cindy Wooden, CNS
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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