Plusieurs mois après Carême de partage 2018

Développement et Paix : des millions $ en dons toujours retenus

L'archevêque d'Edmonton, Richard Smith, a été le premier à annoncer qu'il demandait de retenir les fonds collectés pour l'organisme catholique Développement et Paix au printemps dernier.
L'archevêque d'Edmonton, Richard Smith, a été le premier à annoncer qu'il demandait de retenir les fonds collectés pour l'organisme catholique Développement et Paix au printemps dernier.   (CNS photo/Nancy Wiechec)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-11-20 09:43 || Canada Canada

Que Développement et Paix annonce la suspension temporaire du financement versé au quart de ses partenaires ne fera pas fléchir, «pour le moment», le cardinal Thomas Collins et l'archevêque Richard Smith.

Dans des courriels acheminés lundi après-midi, les responsables des communications des archidiocèses de Toronto et d'Edmonton ont indiqué que les sommes recueillies auprès des catholiques durant le carême n'ont toujours pas été remises à Développement et Paix.

«Concernant les fonds de 2018, nous n'avons pas acheminé, pour le moment, du financement pour Développement et Paix», écrit Neil MacCarthy, directeur des relations publiques et des communications pour l'archidiocèse de Toronto.

Il ajoute que depuis plusieurs années, l'archidiocèse n'a financé que des partenaires de Développement et Paix qui ont obtenu une approbation (endorsement) d'un évêque local ou d'une conférence épiscopale. «Nous n'avons financé que des partenaires appuyés par les dirigeants catholiques locaux.»

Les noms des 52 partenaires - sur 180 - de Développement et Paix, qui ont été ciblés par un comité de la conférence épiscopale canadienne et qui ont appris vendredi que leur financement était temporairement suspendu, n'ont pas été dévoilés. On ne sait donc pas si des partenaires appuyés par l'archidiocèse de Toronto ces dernières années font partie de cette liste.

Idem à Edmonton

«Aucun fonds de la campagne 2018 de Together We Serve n'a été transférée à Développement et Paix», indique Lorraine Turchansky, directrice des communications pour l'archidiocèse d'Edmonton.

Together We Serve est le nom de la campagne du carême dans cet archidiocèse albertain. Les fonds recueillis auprès des catholiques sont distribués à plusieurs organismes de charité, dont Développement et Paix.

«Mgr Smith entend faire part de sa décision au conseil diocésain de Développement et Paix avant de faire quelque annonce publique. On prévoit que cette rencontre aura lieu avant Noël», indique la directrice. Lorraine Turchansky précise que l'archevêque Richard Smith n'a pas vu la lettre que le directeur général de Développement et Paix, Serge Langlois, a remise le vendredi 16 novembre aux présidents des conseils diocésains de l'organisme.

Prudence à la conférence épiscopale

Du côté de la Conférence des évêques catholiques du Canada, on indique avoir pris connaissance de la lettre de Serge Langlois.

«Les évêques du Canada vont recevoir la lettre comme un des documents dans le cadre de leur examen en cours des partenaires internationaux du Développement et Paix», répond Lisa Gall, coordonnatrice des communications de la CECC.

L'agence de presse Présence avait demandé lundi matin si le président de la conférence épiscopale, Mgr Lionel Gendron, acceptait de commenter cette lettre et d'indiquer si la décision de Développement et Paix de suspendre le financement de 52 partenaires jugés problématiques par le personnel de la CECC allait accélérer le versement des sommes détenues par douze diocèses canadiens depuis avril 2018.

Le courriel acheminé en fin de journée ne mentionne pas une possible entrevue avec Mgr Gendron. Lisa Gall indique toutefois que «la conclusion de l’examen [des partenaires] sera annoncée au moment où la révision sera achevée».

La coordonnatrice des communications rappelle que «la décision en ce qui concerne les fonds [i.e. la retenue des fonds par douze diocèses] a été prise au niveau diocésain et donc non pas au niveau national».

Un «examen» aux pourtours flous

Le 4 avril 2018, l'archevêque Richard Smith avait acheminé une lettre à toutes les paroisses de l'archidiocèse d'Edmonton les avertissant que «les évêques canadiens ont récemment été informés des résultats préliminaires d'un examen» de l'ensemble des partenaires de Développement et Paix.

«Les premiers résultats qu'on nous a communiqués sont alarmants», avait indiqué Mgr Smith. «Quelque quarante partenaires semblent montrer des signes de conflit avec l'enseignement moral et social catholique. En particulier, ils ne font pas preuve de respect pour le caractère sacré de la vie humaine», avait-il avancé sans nommer les noms des partenaires.

Développement et Paix avait alors déclaré ne pas connaître le contenu de cette enquête ni même ses auteurs. La CECC a toujours refusé de dévoiler ces «résultats préliminaires». La lettre du directeur général du 16 novembre 2018 révélait que ce sont des représentants de la CECC qui ont identifié quelques 52 partenaires problématiques. «Selon des données obtenues en ligne», ces partenaires «posaient certaines questions concernant leur respect des enseignements de l’Église», a écrit Serge Langlois.

Les résultats de cette revue d'informations glanées sur le Web allaient inciter l'archevêque d'Edmonton à retenir toutes les sommes recueillies tant qu'il n'aurait pas obtenu l'assurance que ces sommes seraient «utilisées par des agences dont la mission, les valeurs et les principes concordent avec les enseignements de l'Église catholique».

Les évêques de onze autres diocèses ont alors emboîté le pas. On estime qu'une somme de 2 millions de dollars, recueillie durant le carême au mois de mars et d’avril, n'a pas encore été remise à Développement et Paix.

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