Commémoration citoyenne à Québec

Plus jamais de 29 janvier

  • Nathalie Provost, qui a survécu à la tuerie de la Polytechnique, et Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec.
  • Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a dénoncé l'islamophobie lors de son allocution.
  • Des participantes se réconfortent pendant la commémoration.
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2018-01-30 07:33 || Québec Québec

Les jours de commémoration de l’attentat de la mosquée de Québec ont culminé lundi soir avec la tenue d’un rassemblement citoyen à proximité du Centre culturel islamique de Québec, là où six musulmans ont été abattus il y a exactement un an.

Malgré le froid mordant, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le stationnement de l’église Notre-Dame-de-Foy en mémoire des victimes et pour dénoncer la haine et l’islamophobie, dans une ambiance de calme et de sérénité. Chaque intervention et témoignage étaient suivis d’une salve d’applaudissements sourds, le bruit des mitaines rappelant celui de gouttes de pluie sur les parois d’une tente.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a abordé de front la question de l’islamophobie dans son intervention, lorsqu’il a demandé pourquoi ce mot «nous met mal à l’aise».

«C’est facile de condamner le racisme, l’intolérance, des discriminations contre la communauté musulmane. On sait c’est qui. C’est les racistes. C’est l’autre. C’est des nonos qui se promènent avec des pattes de chien sur le t-shirt. Tu sais, c’est toujours l’autre», a-t-il dit.

«Nous avons tous peur des fois. On a peur de l’inconnu, peur de l’étranger. Faut passer au-delà de ça mes amis», a-t-il poursuivi. «C’est une réflexion que nous allons devoir avoir en tant que société. Creusez un petit peu: pourquoi [le mot islamophobie] dérange?»

Le premier ministre du Québec a pour sa part salué la foule en indiquant qu’elle a su se montrer solidaire en rejetant le racisme. S’adressant particulièrement aux musulmans de Québec, il a dit son admiration devant les mots de pardon et d’apaisement qu’ils ont trouvé le courage de prononcer au lendemain de la tuerie. «On leur doit beaucoup pour cette démonstration profonde d’humanité », a lancé Philippe Couillard.

«On va continuer tous ensemble à lutter contre le racisme sous toutes ses formes», a-t-il assuré, appelant la société à «résister» par la non-violence, «qui n’est pas une faiblesse, mais une force tranquille».

«On n’est pas un meilleur citoyen parce que ça fait dix générations que notre famille est ici», a ajouté le premier ministre Couillard.

Dans son allocution, le maire de Québec, Régis Labeaume, a fait référence à ses ancêtres venus chercher une meilleure vie au Québec. «Si j’ai eu droit à cet héritage, d’autres y ont droit également», a-t-il dit. Condamnant à son tour la xénophobie, il a invité la foule à avoir une pensée pour les parents d’Alexandre Bissonnette, le présumé tueur dont le procès doit avoir lieu dans quelques semaines.

La soirée avait débuté par plusieurs témoignages touchants. Louiza Mohamed-Said, la veuve d’Abdelkrim Hassane, a tenu à remercier les citoyens de leur «solidarité» et leur «sollicitude».

«Mon cher époux était une personne pieuse, aimante, attentionnée, intègre et honnête qui avait choisi le Québec pour vivre, car il aimait ce pays qui est depuis longtemps une terre d’accueil et un exemple de bien vivre ensemble», a-t-elle dit, saisie par l’émotion. «Je saisis cette occasion pour vous inviter à profiter de chaque moment de votre vie.»

Safia Hamoudi, la veuve de Khaled Belkacemi, et Amir Belkacemi, son fils, ont parlé au nom des familles et des orphelins. Ils ont exprimé leur douleur encore vive et leur gratitude pour la sympathie manifestée depuis la tragédie, et appelé à faire en sorte que de tels drames ne se reproduisent plus.

Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec, a souhaité que la société sache éviter «les dialogues de sourd, les débats sémantiques et la démagogie». «Notre bonheur collectif en dépend.»

«Arrêtons de semer les graines de l’intolérance», a-t-il dit. «Le vivre-ensemble, c’est l’affaire de tout le monde.»

Aymen Derbali, qui a perdu l’usage de ses jambes après avoir été atteint par plusieurs projectiles, a ému la foule par son témoignage. Lui qui a été dans le coma après le drame a plus tard pris conscience de la mobilisation citoyenne. Il a tenu à en remercier les gens. « Ça apaise mon malheur. Merci beaucoup. »

Après un appel à la solidarité de Rajaa Doukkar, qui a pris la parole au nom des cinq mosquées de Québec et Lévis, la foule a observé une minute de silence.

«Que plus jamais, plus jamais, un athée, un membre de premières nations, un chrétien, un juif ou un musulman ne sera attaqué pour ses convictions», ont déclaré les mosquées.

Nathalie Provost, qui a survécu à la tuerie de la Polytechnique, est venue parler de son expérience. À la fin de son allocution, M. Labidi et elle se sont serrés dans leurs bras.

Le rassemblement a pris fin autour du Centre culturel islamique de Québec, où, après une courte marche depuis le stationnement de l’église Notre-Dame-de-Foy, les gens étaient invités à laisser un objet de leur choix en guise de soutien et de solidarité.

Tout au cours de la soirée, les noms des six victimes étaient mis en évidence: Abdelkrim Hassane, Aboubaker Thabti, Azzeddine Soufiane, Ibrahima Barry, Khaled Belkacemi et Mamadou Tanou Barry.

 

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